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lundi 26 septembre 2022

Jambon blanc

C’était le premier jour de mes vacances. C’est le matin et je marche jusqu’à l’épicerie dans le but de m’acheter un ensemble à confection de sandwich jambon beurre. Il n’y a rien de snob dans un sandwich jambon beurre sauf son nom. Mais en même temps, quand on dit « sandwich au jambon », on dirait que ça implique de la moutarde. C’est pas mauvais, mais c’est pas un sandwich jambon beurre. Là n’est pas le propos.

-      Bonjour! Je vais vous prendre 300 g de jambon blanc de la ferme Moreau, tranché très mince!

S’en suit ici une chorégraphie connue et habituelle d’exposition et de confirmation d’exactitude d’épaisseur de tranche de jambon, au loin. Ça me semble parfait. La dame me sourit en emballant mon trésor porcin.

-      Ça va être tout?

-      Oui, merci!

-      Bon vent!

Bon vent...

Ça doit bien être la première fois qu'on me souhaitait ça.

Ça commençait bien les vacances!



lundi 6 juin 2022

Souvenir - Une blague


-          Monsieur, c’est quoi le numéro?

-          Quel numéro?

-          Ben le numéro là, avec la matière qu’on a vue avant dans l’année.

-          On est au moins de juin, on en a vu de la matière dans l’année.

-          Monsieur là, vous savez! Le numéro sur la matière qu’on a vue avant dans l’année sur la situation là, je ne me souviens pas trop bien…

-          On dirait une blague de Jean-Thomas Jobin.

-          (Outrée) Jean qui?

-          Jean-Thomas Jobin, c’est un humoriste.

-          (Encore plus outrée) C’EST QUI MAURICE?!?



mercredi 25 mai 2022

Écrire des mots dans le nuage - Déchets

Cette année, deux élèves laissaient systématiquement trainer des déchets à leur place à la fin de leur cours. La méthode est simple : vous mettez le kangourou de la gamme scolaire et vous cachez un repas cinq services dans leurs énormes poches.

Des fois, ajouter des notes négatives aux élèves ne sert à rien. C'est pourquoi j'ai ajouté une note positive sous le thème "font preuve d'initiative" : 

Un merci tout particulier à Marie et Josée aujourd'hui qui ont travaillé ensemble à l'ordinateur.

Elles m'ont laissé un contenant de lait au chocolat vide derrière leur écran d'ordinateur.

Tout comme le chat rapportant des cadeaux vivants ou non à leur maître, elles répondent peut-être simplement et naturellement à leur instinct... Cependant j'ignore comment leur dire poliment que je n'apprécie pas réellement leurs déchets.

La prochaine fois, je serais éternellement reconnaissant qu'elles respectent la consigne de n'apporter en classe ni nourriture ni breuvage autre que de l'eau...




dimanche 22 mai 2022

Souvenir - De la colle

Les élèves étaient en train de travailler en silence et je répondais aux questions individuelles des élèves à l’avant, à mon bureau. Les connaisseurs diront que nous étions en train de faire un document préalable à l’examen.

Le silence est devenu un murmure, puis le murmure un gazouillement puis le gazouillement une symphonie de fausses notes. Finalement le vacarme. En bon chef d’orchestre, je claque des doigts en demandant au groupe de se concentrer sur son travail chacun pour soi. Un « S’il vous plait! » habilement cadencé avec quelques « Clac! » et « hop! » et le tour est joué : on retourne au silence. Ça fait un peu réducteur pour les élèves, mais même les meilleurs palefreniers ont leur cheval de Troie.

Deuxième vague. Le silence devient un murmure, puis finalement le vacarme – oui la deuxième vague est montée plus vite que la première, je sais... J’étais tellement concentré que je n’avais pas remarqué qu’Antoine s’était levé. Quand les élèves ont fait une erreur dans une démarche d’une demi-page, il est parfois extrêmement difficile de la trouver : c’est comme jouer à « Où est Charlie? » alors on tombe dans une espèce de transe où plus rien n’existe. Même le temps ralentit. On repère que l’élève a fait une erreur de signe en isolant une variable et tout revient à la normale. Bref, Antoine était debout, dans le fond de la classe et semblait distraire son collègue de classe.
- Antoine. Qu’est-ce que tu fais?
Le temps s’arrête à nouveau. Silence absolu. Les élèves regardent Antoine et Antoine me regarde, immobile comme un chevreuil sur le bord de l’autoroute. À la Jim Carey, il répond :
- Je mets de la colle.
Et il me montre un bâton de colle qu’il avait caché derrière son dos. Je ronchonne intérieurement. Impatient, je réponds :
- Tu mets de la colle sur quoi?
À la Guy A. Lepage dans la parodie de Génies en herbe, il répond en me montrant un crayon tout à fait ordinaire (caché aussi derrière son dos) :
- Sur ma baguette magique?
- Va t’asseoir!
Groupe hilare. Prof bougon.


Note : afin de ne pas préserver l'anonymat de l'élève, son prénom a été conservé tel quel. Salut Antoine!


vendredi 3 décembre 2021

Anecdote - Comment ne pas tricher à un examen

Ça fait 30 minutes que l’examen est commencé. Les directives sont écrites au tableau, les cellulaires sont bien cordés sur mon bureau et même s’il n’y a pas de mouche, on les entend quand même voler. Quand un élève se penche pour prendre un surligneur dans son coffre qui se situe sous son pupitre, nous échangeons immédiatement un contact visuel. Il hésite, puis je hoche la tête pour lui signifier que tout est correct. Trame sonore d'Ennio Morricone.

Tout est en place pour éviter le plagiat. Mon examen est en trois versions différentes, les élèves ne conservent pas leur aide-mémoire et je circule dans la classe en me tenant plus souvent à l’arrière qu’à l’avant (le principe est qu’avant de tricher, un élève a toujours le réflexe de vérifier où est l’enseignant : s’il ne me voit pas à l’avant, il se retourne et nous échangeons un contact visuel si bien que même si l’élève n’avait pas l’intention de tricher, il se sent un peu mal. Certains vont même jusqu’à faire semblant de s’étirer – et parfois même dans de grands craquements de dos – afin de me faire subtilement comprendre qu’ils se retournaient pour cette raison.

Bref vous voyez l’ambiance : je suis le geôlier tortionnaire surveillant d’examen de mathématique. Une des affaires que j’aime le moins dans mon emploi, mais bon… là n’est pas le but du message. On y arrive :

-        Monsieur!

J’étais dans la lune. Je suis un très mauvais geôlier tortionnaire surveillant d’examen. J’ai le souvenir d’un de mes professeurs au Cégep qui s’était endormi au fond de la classe pendant qu’on faisait notre examen de biologie.

-         Monsieur!

Diable, j’étais encore dans la lune… Je m’avance vers lui.

-         Monsieur, est-ce qu’on a droit d’utiliser nos notes de cours?

-         Non, mais tu peux utiliser ton aide-mémoire.

-         Oui, mais je n’ai pas écrit certaines informations nécessaires à cette question-là.

-          Je suis désolé… ton aide-mémoire est sensé aider ta mémoire, pas la remplacer. Tu es quand même supposé te préparer à un examen.

-         Oh j’ai une idée! Tiens! Je vous remets l’examen.

Il plie son examen, écrit son nom et son groupe puis me remet l’examen.

-         Je vais vous redonner l’examen, prendre mes notes de cours, les recopier sur mon aide-mémoire et vous demander de me redonner l’examen après. Comme ça, ça ne sera pas tricher. Je vais consulter mes notes de cours sans avoir l’examen avec moi.

J’ai ri.

Sac à blagues.

Il était sérieux.









jeudi 2 décembre 2021

Empiler des phrases dans le nuage

 « Votre enfant tourbillonne sur sa chaise pendant que je parle. »

Secondaire 5.

Le genre de phrase que j’appose au dossier d'élèves, visible par les parents, chaque semaine depuis le début l'année. En fait, depuis le début de ma carrière. Je suis un peu rancunier et je m’amuse à imaginer la discussion remplie de sottise que cet élève doit avoir avec ses parents suite à la lecture de ces phrases.

Il faut dire que j'enseigne aux meilleurs élèves et aux élèves qui ont choisi mon cours optionnel. Je suis méga choyé comme enseignant et j’en suis vraiment reconnaissant. Un (tout autre) élève m’a demandé la semaine passée : « Est-ce qu’on peut considérer que la variation du sommet d’une parabole est constante? ». Un autre se questionne sur les ensembles de nombres : « Je comprends qu’on utilise la lettre R pour parler des réels, N pour les naturels, mais pourquoi Z pour les entiers? ». Répondre à ces questions-là, c’est presque aussi réconfortant que le crépitement du beurre sur une poêle chaude.

Malgré tout, j’empile des phrases insipides dans le dossier infonuagique d’autres élèves. Vous imaginez le nombre de phrases insipides que les enseignants qui n’ont pas ma chance doivent écrire jour après jour?

« Votre enfant jongle avec les coffres à crayons de ses collègues de classe pendant que j'enseigne. Il les échappe partout et me dit que ça ne dérange personne lorsque je le rencontre à la fin de la période. »

Certains diront que l’école n’est peut-être pas faite pour eux. On a déjà lu ce genre de réflexion des dizaines de fois dans des forums ou dans des courriels de parents : « Des fois, les profs, c’est comme si vous essayiez d’enseigner à une roche à grimper dans les arbres! Une roche, ce n’est pas fait pour grimper! ». Si ce que vous convoitez pour votre enfant, c’est qu’il aspire à devenir une roche, je comprends pourquoi vous espérez que l’école lance votre petit caillou dans une grande carrière!

Je suis plutôt d’avis que tous les adolescents (si on pouvait arrêter de les comparer à des roches) sont capables de bienveillance et qu’à partir d’un certain âge, les problèmes d’apprentissages reliés à un comportement rébarbatif devraient être considérés, dans le système public, de la même manière qu’un refus de soin dans le domaine de la santé.

« Votre enfant a dessiné sur son pupitre avec un marqueur indélébile. »

Pendant que j’écris cette phrase, je ne suis pas en train de faire une recherche plus approfondie sur l’étymologie du mot allemand « zahl », qui signifie « numéro » ou « chiffre », qui commence par la lettre « z » et qui explique fort probablement pourquoi les entiers sont représentés par la lettre « z » majuscule… Je ne suis pas plus en train de réviser les tangentes de mon cours de calcul différentiel pour vérifier si c’est bien au sommet de la fonction quadratique que la tangente a une pente nulle, ce qui expliquerait pourquoi mon élève croit qu’au sommet, sa variation est nulle…

Non, au lieu, je dirige toute mon énergie sur l’élève qui n’est pas là.

« Votre enfant ne s’est pas présenté à la reprise de son examen alors malheureusement, il aura la note de « 0% ».

En des termes plus détaillés, c’est que votre enfant ne s’était pas préparé à son examen. Pendant que j’étais en train de répondre aux questions des autres élèves, j’ai vu votre enfant du coin de l’œil bayer aux corneilles, aux corbeaux et en fait à toute l’étendue de la faune à plumage noir. Le jour de l’examen, il ne s’est pas présenté et est sorti de l’école en gambadant devant les grandes fenêtres de notre école. Il s’est fait prendre et ainsi a dû reprendre son examen lors d’une journée pédagogique. Son enseignant (alias moi ou « Bozo le clown ») a consigné un examen de reprise (une version différente), a rempli un formulaire expliquant au surveillant d’examen ce que votre enfant aurait droit d’utiliser (à l’occurrence un aide-mémoire et une calculatrice) ainsi que des mesures spécifiques au plan d’intervention de votre enfant (soit le tiers du temps supplémentaire pour compléter son examen). Bien que votre enfant ait droit à une reprise, il ne s’y est pas présenté non plus. Voilà donc pourquoi le clown est triste…

Le pire, c’est que mon élève qui « tourbillonne sur sa chaise pendant que je parle », qui « ne se présente pas à la reprise de son examen » ou qui fait des œuvres d’art au marqueur indélébile sur son pupitre deviendra bientôt un travailleur. Je le rencontrerai dans quelques années dans une épicerie ou un centre d’achats et il me racontera ses plus beaux moments à l’école. Il fera un emploi vraiment payant qu’il déteste profondément et incommodera ses proches avec des discussions sur ses REER tous les jours.

Du moins… c’est ce que je souhaite.

L’autre jour, j’ai croisé un de ces anciens élèves. Je me rappelais qu’il ne se présentait jamais à ses examens. Il travaillait à l’épicerie et rangeait les paniers. Je lui ai souri, l’ai salué en l’appelant par son prénom, j’ai attendu qu’il soit entré et j’ai été porter mon panier à l’extrémité la plus éloignée du stationnement par rapport à la porte d’entrée. Là où les gens se demandent : « mais qui a bien pu ramener son panier jusqu’ici? ». Il pleuvait. Je suis entré dans ma voiture en souriant et en pensant à Amélie Poulin. Et chaque fois que je vois un panier d’épicerie abandonné à des années-lumière de l’entrée, j’aime penser que c’est un ancien élève qui ne se présentait pas à ses examens qui devra le ramasser.

Je vous l’avais dit que j’étais un peu rancunier.



samedi 3 février 2018

Anecdote

En général, je déteste les stéréotypes masculins/féminins. (Je vous suggère d'ailleurs la lecture : "Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles" de Steve Gagnon, car ça résume assez bien mon opinion à ce sujet.)

Alors pas besoin de vous dire que les gars qui disent que les filles veulent toujours aller aux pommes et les filles qui utilisent l'expression "une grippe d'homme" pour dire que leur conjoint est douillet, je trouve ça un peu épais.

L'autre jour, au centre d'achat, je suivais un couple qui m'empêchait de marcher à droite et à gauche d'eux parce qu'ils marchaient lentement. En fait, c'est que la fille demandait à son chum de tenir des sacs pendant qu'elle essayait de répondre à son téléphone. Tout en marchant.

- Maudits gars, vous n'êtes jamais capable de faire deux affaires en même temps!

- Ben là! Bé! C'est parce que...

Il a échappé les sacs et j'étais pris en arrière d'eux. Il se dépêche à reprendre les sacs. On approchait d'un escalier. Le couple commence à monter.

Une marche.
Deux marches.
Trois marches.

- Bé, tu montes-tu?

Je suis pris en arrière d'eux.

- Bé?

- Attends je réponds.

La fille n'était pas capable de texter en même temps qu'elle montait l'escalier.

Misère...

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dimanche 16 juillet 2017

Chérubin

Enfants du voisinage (je dirais qu'ils ont environ 4 ans) :

- Regarde! Un chérubin!
- Il faut le tuer! TUONS-LE!
- Silence...
- Maman, j'ai faim!

Je ne pense pas qu'à 4 ans, le mot « chérubin » faisait partie de mon vocabulaire... Cependant, je ne crois pas que l'apparition d'un chérubin soulève en moi haine et appétit...

Ange, Chérubin, Symbole, Le Ciel, La Religion, Statue