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dimanche 2 octobre 2022

L'importance des notes de cours

    La prise de notes de cours est un des éléments fondamentaux d’une bonne stratégie d’apprentissage. Lorsqu’elles sont prises avec rigueur, qu’elles sont personnalisées par l’étudiant (en faisant ressortir les éléments les plus difficiles, à titre d’exemple, ou en ajoutant un rappel, etc.), et qu’elles sont régulièrement consultées lors de la mise en pratique de la matière, elles représentent un outil qui facilite l’intégration des apprentissages. Bien sûr, il en va de soi qu’elles deviennent complètement inutiles si elles ne sont jamais consultées.

Ce cahier de notes de cours a été conçu en s’inspirant du système de prise de notes Cornell (conçu par Walter Pauk dans les années 1950 à l’université Cornell, d’où son nom). Habituellement, cette méthode se fait à partir d’une page blanche que l’on divise manuellement. Ici, les pages ont déjà été divisées en deux sections : la partie principale (à l’intérieur du cahier) et la partie extérieure (Questions et ajouts).

Le principe de la méthode Cornell est assez simple. La première étape consiste à prendre les notes en même temps que l’enseignant (dans des cours moins appliqués que les mathématiques, l’élève peut faire une liste à points des éléments importants soulevés par l’enseignant). La deuxième étape consiste à relire (dans un laps de temps très court, ne dépassant pas 24 heures) les notes de cours et à formuler des questions qui évaluent la compréhension de la matière. Finalement, au bas de la page, l’élève fait un court résumé de chacune des pages (ce résumé pourrait aussi se retrouver sur un « post-it » ajouté à chacune des pages).

Lors de la révision, à la fin d’une séquence d’apprentissage (à la fin d’un chapitre, mais aussi à la fin de l’année scolaire), l’élève peut donc cacher la partie principale de la page à l’aide d’une feuille et répondre aux questions (ou aux notes, ou aux mots-clés) qu’il avait écrites. Lorsqu’il fait face à une difficulté, il peut retourner voir dans la section principale de ces notes de cours.

Permettons-nous ici de citer une partie de l’article « Modestes contributions à la réussite scolaire[1] » de Normand Baillargeon sur les techniques utilisées pour étudier :

Comment étudier?

Une intéressante synthèse de ce qu’on sait des techniques d’étude des étudiants, surtout américains, vient d’être publiée […]. On y apprend qu’ils étudient le plus souvent mal ou très mal, qu’ils utilisent des techniques peu ou pas efficaces et qu’ils n’utilisent pas ou guère des techniques efficaces ou très efficaces – et cela vaut aussi pour nombre de ceux et celles qui ont des parcours scolaires brillants et qui accèdent à des programmes convoités. Ces personnes auraient donc sans doute pu faire mieux en travaillant moins!

 Les techniques examinées sont évaluées selon ce qu’en dit la recherche sur les quatre variables suivantes :

 1.     Conditions et environnement d’apprentissage. Par exemple, apprend-on seul ou en équipe?

2.     Caractéristiques des étudiants : âge, habiletés, savoirs préalables.

3.     Critères d’évaluation : rappel, résolution de problème, compréhension.

4.     Contenu, allant de simples concepts à des sujets et des problèmes plus complexes.

 Les dix techniques étudiées et leur impact

Les dix techniques d’étude suivantes sont examinées dans cet article. J’en donne au besoin une description très sommaire et vous invite à retourner à l’article pour en savoir plus. Pour le moment : comment évalueriez-vous chacune de ces techniques? La diriez-vous peu efficace, modérément efficace ou très efficace?

 1.     Interrogation/élaboration. Cela consiste à se poser à soi-même des questions qui demandent de fournir des explications élaborées et y répondre.

2.     Autoexplication. C’est une variante de la stratégie précédente ; elle consiste à s’expliquer à soi-même durant l’apprentissage des processus, des concepts, des idées.

3.     Rédaction de résumés.

4.     Lecture avec surlignage ou soulignage.

5.     Mnémotechnique du mot-clé. Les Grecs la pratiquaient déjà! On associe un mot à apprendre, par exemple xièxiè (qui signifie merci en mandarin) à un mot similaire de la langue connue (scié, scié).

6.     Recours à des images mentales que l’on se construit pendant la lecture d’un texte.

7.     Relecture – lors de la préparation à un examen.

8.     Évaluation formative, en classe ou faite par soi-même et qui ne compte pas ou très peu dans la note finale.

9.     Pratique échelonnée ou répartie : on étudie en une série d’essais successifs entre lesquels on laisse un intervalle de temps – et pas juste avant l’épreuve.

10.   Pratique entrelacée. On étudie un peu de chaque matière à la fois, plutôt que de consacrer de longues sessions d’étude à une seule.

Les techniques 3, 4, 5, 6 et 7 – avec toutes les nuances qui s’imposent – ont été classées peu efficaces. Les techniques 1, 2 et 10 sont efficaces et prometteuses. Mais ce sont les techniques 8 et 9 qui remportent la palme.¸

On peut en tirer quelques enseignements.

Pour commencer, il semble raisonnable de penser qu’ici comme ailleurs, nombre de nos étudiants procèdent comme ceci : après avoir mal pris des notes de cours, ils lisent en surlignant les textes devant être lus. Ils y reviennent avant l’examen et les relisent en portant une attention particulière aux passages surlignés ou soulignés. Bref : ils utilisent surtout des techniques peu efficaces!

Que faudrait-il leur proposer?

 Baillargeon nous pose ici une question bien intéressante. On vous propose donc de miser sur les stratégies de préparation qui sont efficaces. Ce document se veut un outil permettant l’interrogation, l’élaboration afin que l’élève soit en mesure de se poser des questions et qu’il développe le réflexe de s’autoexpliquer des notions.

Sans oublier le fait qu’une pratique échelonnée est essentielle. Elle permet de mettre moins de temps, mais de façon régulière, sur l’apprentissage qu’on a fait. En effet, en plus d’être très désagréable, le « bourrage de crâne » sous pression n’a rien d’efficace : il ne permet pas d’intégrer les apprentissages à long terme et de faire des liens avec les apprentissages antérieurs.



[1] https://www.ababord.org/Modestes-contributions-a-la

 

Pour en savoir plus :

Walter Pauk et Ross J. Q. Owens, How to study in college, Wadsworth Publishing, 11e édition, Boston, 2013. Il existe également un site web : http://howtostudyincollege.com

 

John Dunlosky et coll., « Improving Students’ Learning With Effective Learning Techniques : Promising Directions From Cognitive and Educational Psychology », Psychological Science in the Public Interest, janvier 2013, p. 4-58.

vendredi 20 mai 2022

Plagiat

Nouvelle technique de plagiat! Soyez attentifs! Gare au plagiat à l’heure du dîner!

Si un élève prend l’heure du dîner pour refaire son examen, il peut dîner en même temps. Sauf si son repas est copieux.



mercredi 22 décembre 2021

La vente de réfrigérateur ou la confiance aveugle (Partie 3 de 3)

Est-ce que votre réfrigérateur est fonctionnel? Oui.

Est-ce qu’il remplit sa mission de garder vos aliments au frais? Oui.

Est-ce que le vendeur a été sympathique et courtois? Oui.

Est-ce que vos amis et collègues ont raison d’aimer leur modèle semblable au vôtre? Oui.

Tout est correct.

Vous en venez même à la conclusion que c’est vous le problème. Si ce modèle est bon pour tout le monde, pourquoi ne le serait-il pas pour vous?

On vous a présenté un modèle performant, il répond aux attentes et il donne de bons résultats.

C’est ce qui compte!

Les résultats!

Malgré vos petits problèmes de pacotille, vous ne retournerez pas au Magasin pour vous plaindre, car vous manquez d’énergie. Vous ne ferez pas appel à la garantie de vente. Vous passerez les prochaines années à empiler des boîtes de rangement que vous n’avez jamais voulues. Devant vos amis et collègues, vous allez même faire semblant que vous l’aimez. Vous vous dites que c’est moins d’énergie de vous fondre au système et que vous allez vous y habituer et qu’un jour, vous rirez machinalement de votre poivron qui tombe systématiquement lorsque vous ouvrez la porte. « Bong! Ha! Ha! Ha! »

Jusqu’au jour où on vous vendra un nouveau réfrigérateur…

Alors tout est bien qui finit bien!



vendredi 3 décembre 2021

Anecdote - Comment ne pas tricher à un examen

Ça fait 30 minutes que l’examen est commencé. Les directives sont écrites au tableau, les cellulaires sont bien cordés sur mon bureau et même s’il n’y a pas de mouche, on les entend quand même voler. Quand un élève se penche pour prendre un surligneur dans son coffre qui se situe sous son pupitre, nous échangeons immédiatement un contact visuel. Il hésite, puis je hoche la tête pour lui signifier que tout est correct. Trame sonore d'Ennio Morricone.

Tout est en place pour éviter le plagiat. Mon examen est en trois versions différentes, les élèves ne conservent pas leur aide-mémoire et je circule dans la classe en me tenant plus souvent à l’arrière qu’à l’avant (le principe est qu’avant de tricher, un élève a toujours le réflexe de vérifier où est l’enseignant : s’il ne me voit pas à l’avant, il se retourne et nous échangeons un contact visuel si bien que même si l’élève n’avait pas l’intention de tricher, il se sent un peu mal. Certains vont même jusqu’à faire semblant de s’étirer – et parfois même dans de grands craquements de dos – afin de me faire subtilement comprendre qu’ils se retournaient pour cette raison.

Bref vous voyez l’ambiance : je suis le geôlier tortionnaire surveillant d’examen de mathématique. Une des affaires que j’aime le moins dans mon emploi, mais bon… là n’est pas le but du message. On y arrive :

-        Monsieur!

J’étais dans la lune. Je suis un très mauvais geôlier tortionnaire surveillant d’examen. J’ai le souvenir d’un de mes professeurs au Cégep qui s’était endormi au fond de la classe pendant qu’on faisait notre examen de biologie.

-         Monsieur!

Diable, j’étais encore dans la lune… Je m’avance vers lui.

-         Monsieur, est-ce qu’on a droit d’utiliser nos notes de cours?

-         Non, mais tu peux utiliser ton aide-mémoire.

-         Oui, mais je n’ai pas écrit certaines informations nécessaires à cette question-là.

-          Je suis désolé… ton aide-mémoire est sensé aider ta mémoire, pas la remplacer. Tu es quand même supposé te préparer à un examen.

-         Oh j’ai une idée! Tiens! Je vous remets l’examen.

Il plie son examen, écrit son nom et son groupe puis me remet l’examen.

-         Je vais vous redonner l’examen, prendre mes notes de cours, les recopier sur mon aide-mémoire et vous demander de me redonner l’examen après. Comme ça, ça ne sera pas tricher. Je vais consulter mes notes de cours sans avoir l’examen avec moi.

J’ai ri.

Sac à blagues.

Il était sérieux.









jeudi 2 décembre 2021

Empiler des phrases dans le nuage

 « Votre enfant tourbillonne sur sa chaise pendant que je parle. »

Secondaire 5.

Le genre de phrase que j’appose au dossier d'élèves, visible par les parents, chaque semaine depuis le début l'année. En fait, depuis le début de ma carrière. Je suis un peu rancunier et je m’amuse à imaginer la discussion remplie de sottise que cet élève doit avoir avec ses parents suite à la lecture de ces phrases.

Il faut dire que j'enseigne aux meilleurs élèves et aux élèves qui ont choisi mon cours optionnel. Je suis méga choyé comme enseignant et j’en suis vraiment reconnaissant. Un (tout autre) élève m’a demandé la semaine passée : « Est-ce qu’on peut considérer que la variation du sommet d’une parabole est constante? ». Un autre se questionne sur les ensembles de nombres : « Je comprends qu’on utilise la lettre R pour parler des réels, N pour les naturels, mais pourquoi Z pour les entiers? ». Répondre à ces questions-là, c’est presque aussi réconfortant que le crépitement du beurre sur une poêle chaude.

Malgré tout, j’empile des phrases insipides dans le dossier infonuagique d’autres élèves. Vous imaginez le nombre de phrases insipides que les enseignants qui n’ont pas ma chance doivent écrire jour après jour?

« Votre enfant jongle avec les coffres à crayons de ses collègues de classe pendant que j'enseigne. Il les échappe partout et me dit que ça ne dérange personne lorsque je le rencontre à la fin de la période. »

Certains diront que l’école n’est peut-être pas faite pour eux. On a déjà lu ce genre de réflexion des dizaines de fois dans des forums ou dans des courriels de parents : « Des fois, les profs, c’est comme si vous essayiez d’enseigner à une roche à grimper dans les arbres! Une roche, ce n’est pas fait pour grimper! ». Si ce que vous convoitez pour votre enfant, c’est qu’il aspire à devenir une roche, je comprends pourquoi vous espérez que l’école lance votre petit caillou dans une grande carrière!

Je suis plutôt d’avis que tous les adolescents (si on pouvait arrêter de les comparer à des roches) sont capables de bienveillance et qu’à partir d’un certain âge, les problèmes d’apprentissages reliés à un comportement rébarbatif devraient être considérés, dans le système public, de la même manière qu’un refus de soin dans le domaine de la santé.

« Votre enfant a dessiné sur son pupitre avec un marqueur indélébile. »

Pendant que j’écris cette phrase, je ne suis pas en train de faire une recherche plus approfondie sur l’étymologie du mot allemand « zahl », qui signifie « numéro » ou « chiffre », qui commence par la lettre « z » et qui explique fort probablement pourquoi les entiers sont représentés par la lettre « z » majuscule… Je ne suis pas plus en train de réviser les tangentes de mon cours de calcul différentiel pour vérifier si c’est bien au sommet de la fonction quadratique que la tangente a une pente nulle, ce qui expliquerait pourquoi mon élève croit qu’au sommet, sa variation est nulle…

Non, au lieu, je dirige toute mon énergie sur l’élève qui n’est pas là.

« Votre enfant ne s’est pas présenté à la reprise de son examen alors malheureusement, il aura la note de « 0% ».

En des termes plus détaillés, c’est que votre enfant ne s’était pas préparé à son examen. Pendant que j’étais en train de répondre aux questions des autres élèves, j’ai vu votre enfant du coin de l’œil bayer aux corneilles, aux corbeaux et en fait à toute l’étendue de la faune à plumage noir. Le jour de l’examen, il ne s’est pas présenté et est sorti de l’école en gambadant devant les grandes fenêtres de notre école. Il s’est fait prendre et ainsi a dû reprendre son examen lors d’une journée pédagogique. Son enseignant (alias moi ou « Bozo le clown ») a consigné un examen de reprise (une version différente), a rempli un formulaire expliquant au surveillant d’examen ce que votre enfant aurait droit d’utiliser (à l’occurrence un aide-mémoire et une calculatrice) ainsi que des mesures spécifiques au plan d’intervention de votre enfant (soit le tiers du temps supplémentaire pour compléter son examen). Bien que votre enfant ait droit à une reprise, il ne s’y est pas présenté non plus. Voilà donc pourquoi le clown est triste…

Le pire, c’est que mon élève qui « tourbillonne sur sa chaise pendant que je parle », qui « ne se présente pas à la reprise de son examen » ou qui fait des œuvres d’art au marqueur indélébile sur son pupitre deviendra bientôt un travailleur. Je le rencontrerai dans quelques années dans une épicerie ou un centre d’achats et il me racontera ses plus beaux moments à l’école. Il fera un emploi vraiment payant qu’il déteste profondément et incommodera ses proches avec des discussions sur ses REER tous les jours.

Du moins… c’est ce que je souhaite.

L’autre jour, j’ai croisé un de ces anciens élèves. Je me rappelais qu’il ne se présentait jamais à ses examens. Il travaillait à l’épicerie et rangeait les paniers. Je lui ai souri, l’ai salué en l’appelant par son prénom, j’ai attendu qu’il soit entré et j’ai été porter mon panier à l’extrémité la plus éloignée du stationnement par rapport à la porte d’entrée. Là où les gens se demandent : « mais qui a bien pu ramener son panier jusqu’ici? ». Il pleuvait. Je suis entré dans ma voiture en souriant et en pensant à Amélie Poulin. Et chaque fois que je vois un panier d’épicerie abandonné à des années-lumière de l’entrée, j’aime penser que c’est un ancien élève qui ne se présentait pas à ses examens qui devra le ramasser.

Je vous l’avais dit que j’étais un peu rancunier.



lundi 8 octobre 2018

Tout compte!

« En ce qui concerne l’évaluation, c’est simple : tout compte! »

C’est la phrase que je dis maintenant depuis deux ans aux élèves qui ont choisi mon cours optionnel d’informatique et/ou mon cours optionnel de multimédia. Mais quand je dis « tout compte », ce n’est pas une figure de style pour dire qu’il y aura beaucoup d’évaluations. Non. Si on fait une activité en classe et que je demande aux élèves de noter des observations, ça compte. Si on fait un exercice pratique en informatique avec Word, ça compte. Si en multimédia on élabore un projet de publicité, du remue-méninges jusqu’à la présentation finale du projet, ça compet! Si on teste comment faire des tableaux croisés dynamiques dans Excel, je collige les travaux, je les corrige et oui, ça compte!

C’est la solution que j’ai trouvée pour éviter qu’un élève ne fasse rien en classe et je dois avouer que ça fonctionne très bien. Trop bien même… Je trouve tellement dommage de devoir faire cela, puisque ça ne reflète pas ma vision de l’apprentissage. Les élèves devraient comprendre que les exercices sont des paliers nécessaires à gravir pour l’obtention et pour l’application d’une connaissance. L’élève devrait comprendre qu’il s’exerce pour son apprentissage et non qu’il récolte des points certificatifs comme dans un jeu vidéo pour se rendre au niveau suivant.

Le principal problème avec ma méthode, c’est que je m’épuise au travail. Pour chaque sprint de fin d’année, en juin, je fais toujours la liste des éléments qui me restent à corriger. Ça me semble motivant… sans négliger que cocher, c’est rassurant! Chaque case correspond à une « pile » de correction et chaque fois que je fais un « X » sur une case, j’ai l’impression d’être un peu plus près des vacances!

En juin 2018, mon tableau ressemblait à ça :

image

En mathématique, j’avais un nombre respectable d’évaluations. Trois examens par groupe pour évaluer deux compétences, c’est normal. C’est la vérification des travaux en multimédia et en informatique qui est incroyablement longue. En mathématique, on dirait que ça va de soi : les élèves savent qu’ils doivent s’exercer pour mieux comprendre.

La question s’impose : pourquoi ne travaillent-ils pas dans les cours optionnels si le travail ne compte pas?

Pistes de questionnement :

· Est-ce une négligence? De la paresse?

Peut-être que l’élève ne veut tout simplement pas faire l’activité. C’est arrivé fréquemment dans mes classes de cours optionnels : les élèves sont présents en classe puisqu’ils doivent atteindre un certain pourcentage de présence pour pouvoir aller à leur bal des finissants. Ils se tiennent à ce moment-là sur la mince frontière du travail strict minimal et finissent par échouer le cours (parfois en refusant même de faire les évaluations). Mais comme ces élèves ont une somme adéquate de crédits afin d’obtenir leur diplôme d’études secondaires,

· Est-ce que c’est la difficulté de l’activité qui est en cause?

Aux extrêmes : l’activité est peut-être trop facile pour l’élève alors il n’y voit pas d’importance ou tout au contraire, l’activité est peut-être trop difficile pour l’élève alors il perd confiance en lui et ne voit pas comment il pourrait s’épanouir en vivant l’échec.)

· Est-ce que le cours ne les intéresse pas?

Si c’est le cas, je suis sans mot… puisqu’il s’agit d’un cours complémentaire optionnel. C’est eux qui ont fait ce choix. Très rarement on place dans ma classe un élève qui obtient son 4e ou 5e choix de préférence.

En faisant appel à des collègues de partout au Québec via un groupe Facebook recensant plus de 26 000 enseignants, j’ai fait plusieurs constats :

- Constat 1 : Très souvent, entre collègues, on comprend mal la réalité pédagogique des autres. Enseigner au primaire n’est pas équivalent qu’enseigner au secondaire. Enseigner dans une grande ville n’est pas équivalent qu’enseigner en région. Enseigner les mathématiques n’est pas la même chose qu’enseigner les arts.

- Constat 2 : On est parfois tellement ancré dans notre routine d’enseignement qu’on est convaincu que de faire le contraire n’est pas… permis. Par exemple, lorsque j’ai posé la question sur le groupe Facebook, on m’a reproché d’évaluer des devoirs faits à la maison… que cette démarche n’était pas pédagogique et qu’il n’était pas réglementaire d’évaluer des devoirs dans un établissement scolaire au Québec. En discutant avec ces personnes, on s’est rendu compte qu’on ne parlait pas de la même chose. Un devoir de mathématique représentant des exerciseurs précis sur la différence de carrés n’est pas la même chose qu’un devoir dans un cours de multimédia représentant le tournage de scènes afin de réaliser un projet de générique d’ouverture. Et oui… il peut être évalué éventuellement. Je n’ai rien trouvé dans la loi sur l’instruction publique disant le contraire. En fait, on dit même : « L’enseignant a notamment le droit […] de choisir les instruments d’évaluation des élèves qui lui sont confiés afin de mesurer et d’évaluer constamment et périodiquement les besoins et l’atteinte des objectifs par rapport à chacun des élèves qui lui sont confiés en se basant sur les progrès réalisés. ». Rappelons-nous au début de la réforme, ces situations d’apprentissage et d’évaluation qu’on nous présentait et qui s’échelonnaient sur une période de quatre semaines!

- Constat 3 : Des enseignants vivant la même situation problématique sont souvent très empathiques, mais très gênés à la fois. Malgré tout ce qu’on peut lire sur notre métier, la grande majorité d’entre nous est très fière d’être enseignant(e)s. D’avouer qu’on échoue, c’est un peu moins glorieux sur notre fierté, mais ça nous permet drôlement d’évoluer en coopération. C’est un peu ça qu’on demande à nos élèves aussi…

J’ai aussi regroupé des solutions suggérées en quelques catégories différentes :

- Solution 1 : Parler aux élèves de l’importance des activités formatives

Au début, j’ai trouvé ça franchement insultant comme piste de solution. À mon sens, ça sonnait prétentieux, parce que ça présupposait que je n’avais jamais d’abord fait cette démarche avant de prendre la décision d’évaluer l’ensemble des travaux. Non, je l’ai essayé. Si les travaux ne comptent pas, ils ne sont pas remis.

- Solution 2 : La vérification aléatoire avec conséquence

Cette solution m’a été proposée pour les « devoirs plus traditionnels » et non pas aux activités en classe ou aux projets s’étalant sur plusieurs cours. Cette démarche consiste, de plusieurs façons possibles, de procéder à la vérification d’un échantillon de devoirs dans la classe. On choisit cinq élèves au hasard dans le groupe en pigeant des noms dans un chapeau ; on choisit une rangée de la classe au hasard ; on vérifie le devoir des élèves qui portent un chandail de telle couleur de la gamme ; bref, toutes les méthodes sont bonnes pour choisir un échantillon d’élèves. L’élève ne sachant pas si son devoir sera sélectionné se sent donc suivi de près. Les élèves n’ayant pas fait leur devoir ont une conséquence (reprise de temps (retenue), récupération obligatoire, copie, travail redonné en double, etc.).

- Solution 3 : L’évaluation aléatoire

Cette démarche ressemble à la précédente, mais peut s’appliquer aux activités faites en classe. Elle consiste à récolter toutes les activités réalisées par les élèves, mais à ne corriger qu’une partie de celle-ci. Cette technique me semble pratique afin de diminuer la surcharge de correction, mais donne tout de même à l’élève une « chance » lorsqu’il ne fait pas ses travaux. Il peut quand même prendre la chance de faire un travail sur deux et quand même bien réussir…

- Solution 3b : L’évaluation aléatoire pondérée

Cette solution est identique à la précédente, mais consiste à pondérer le résultat obtenu à l’évaluation aléatoire selon le nombre d’exercices qui a été remis.

- Solution 4 : Le préalable

En mathématique, c’est ma solution préférée. Sans compter, les travaux doivent être totalement exécutés pour que l’élève puisse faire son examen. Dans mon cas, lorsque les travaux ne sont pas terminés, c’est que je juge que l’élève n’est pas prêt à faire l’examen. Cependant, cela vient avec un lot de responsabilités. Quand l’élève n’a pas terminé ses travaux à temps, il a l’obligation de les terminer avant que je lui donne une reprise et comme il a plus de temps que les autres pour se préparer à l’examen, une pénalité s’impose sur son évaluation.

Alors voilà qu’après toute cette réflexion datant de la fin août j’ai dû prendre une décision afin de bien amorcer mon année scolaire… Et malgré tout le temps passé à me casser la tête sur la solution que j’allais prendre, j’y suis allé avec le statu quo. « Quoi? Il nous a fait lire tous ces mots pour finalement nous dire qu’il n’a pas changé sa méthode? »

Exactement.

Je me suis dit que ma réflexion pouvait tout de même aider mes collègues à prendre une décision lorsqu’ils feront face à la même situation problématique… J’ai pris la décision de tout faire compter quand un élève m’a demandé : « Monsieur, est-ce que ça compte? ». Je lui ai alors demandé pourquoi il me posait la question.

Sa réponse : « Pour savoir si on doit se forcer. »

Pour ne pas m’épuiser au travail, j’ai décidé de faire une correction d’observation et de pondérer les résultats à plus faible échelle que les années passées.

Alors maintenant… Comment fait-on pour transmettre le goût d’apprendre? Comment fait-on pour défaire cette envie de connaître le strict minimum pour devenir carriériste? Comment faire comprendre que l’apprentissage ne devrait pas être une accumulation de points pour se rendre au niveau suivant comme dans un jeu vidéo? Comment fait-on pour déconstruire ces concepts de l’éducation certificative?

jeudi 4 octobre 2018

La distance entre la terre et la lune et les pailles en plastique

Il a été question de pailles en plastique dans l’actualité cette année au Québec (et probablement partout ailleurs dans le monde). Plusieurs articles recensaient le nombre de pailles qui étaient jetées par année dans le monde. Mon but ici n’est pas de faire le procès des pailles de plastique, mais plutôt de comprendre la représentation des nombres utilisés par les journalistes. Selon cet article de La Presse, les Américains à eux seuls utilisent plus d’une paille par personne par jour :

« On estime que les Américains utilisent plus qu’une paille par personne par jour, explique M. Ménard. Soit 175 milliards de pailles par an. Si on les mettait bout à bout, on ferait deux fois et demie le tour de la Terre. »

Chronique de Marie-Claude Lortie, « Les pailles, le plastique et notre été », 17 juillet 2018.

Puis ceci :

« Le mouvement est encore assez faible ici. Greenpeace évalue que les Canadiens utilisent 57 millions de tubes jetables par jour. Certaines estimations montent au milliard jeté quotidiennement dans le vaste monde. Chose certaine, si on mettait bout à bout toutes les pailles utilisées en une seule année ici-bas, on pourrait faire l’aller-retour Terre-Lune plusieurs fois. »

Chronique de Stéphane Baillargeon, « La paille de plastique jetable, championne mondiale de la pollution », 2 juin 2018

Quand les nombres deviennent trop grands, il n’est pas rare de voir les journalistes les comparer à des distances astronomiques afin de les rendre moins abstraits pour les lecteurs. Ce qui est curieux, c’est que très peu de gens ont fait le tour de la Terre et encore moins un voyage entre la Terre et la Lune!

Aussi, personne ne prendra le temps de vérifier ces nombres. Prenons les chiffres de Mme Lortie : Si on mettait bout à bout 175 milliards de pailles, on ferait deux fois et demie le tour de la Terre. Faisons le test.

· Circonférence de la Terre : 40 075 km

· Deux fois et demie le tour de la terre : 100 187,5 km (ou 100,2 millions de mètres, ou 10,02 milliards de centimètres)

· Divisé par 175 milliards : 0,06 cm.

· Pour arriver à ce calcul, on parle donc de pailles de moins de 1 mm de long.

Les données ne sont pas bonnes. Non seulement la comparaison astronomique reste très abstraite, mais ils sont faux de surcroît.

Prenons maintenant les chiffres de M. Baillargeon : Si on mettait bout à bout toutes les pailles utilisées en une seule année ici-bas, on pourrait faire l’aller-retour Terre-Lune plusieurs fois.

· Aller-retour Terre-Lune : 768 800 km

· Grandeur moyenne d’une paille : Disons 25 cm.

· Nombre de pailles annuellement utilisées au Canada : 57 000 000 x 365 = 20 805 000 000 pailles

· Distance des pailles en centimètres : 520 125 000 000 cm

· Distance des pailles en mètres : 5 201 250 000 m

· Distance des pailles en kilomètres : 5,2 millions de km.

· Nombre d’aller-retour Terre-Lune : 6,77 allers-retours.

Ici les valeurs concordent. On doit effectivement faire plusieurs allers-retours Terre-Lune si on mettait bout à bout toutes les pailles.

Parallèlement à ces lectures de pailles, je lisais « Liliane est au lycée » de Normand Baillargeon. Ce livre se lit très rapidement et fait l’apologie de la culture générale. Il dénonce un certain manque de culture des sciences, notamment en mathématique. Il nous invite à faire une expérience avec nos proches avec une feuille de papier :

« Vous leur faites remarquer qu’on peut convenir qu’elle a un dixième de millimètre d’épaisseur. Vous la pliez en deux par son milieu et vous expliquez que vous avez désormais entre les mains un petit cahier constitué de deux feuilles de deux feuilles et quatre pages, lequel a donc deux dixièmes de millimètres d’épaisseur.

Vous faites ensuite un nouveau pli et soulignez que votre petit cahier a désormais quatre dixièmes de millimètres d’épaisseur. »

Il nous propose ensuite de déplier la feuille et demander aux gens de notre entourage d’imaginer qu’il était possible de plier la feuille en deux 50 fois et d’imaginer quelle serait l’épaisseur du petit cahier formé.

La réponse, c’est 112 millions de kilomètres. Il explique ensuite les possibles erreurs de raisonnement faites par les gens de notre entourage qui répondront à notre question. Il ajoute : « Je soupçonne que de nombreuses personnes échoueraient à ce petit test : elles souffrent d’un mal que j’appelle l’innumérisme, qui est une sorte d’équivalent pour les nombres, et plus généralement pour les mathématiques, du bien connu et déplorable illettrisme. L’innumérisme a cependant ceci de particulier qu’il n’apparaît pas honteux à ceux et celle qui en souffrent. Mieux : on s’en vanterait presque. Pour un peu, « Moi, les mathématiques, je n’y ai jamais rien compris », serait avancé avec un brin de fierté, voire porté comme un titre de gloire. »

L’innumérisme… c’est l’éducation qui doit s’en charger. Maintenant, avec quels outils? Peut-être pas avec la distance entre la Terre et la Lune…


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vendredi 15 juin 2018

Je suis là pour toi

Une de mes élèves, Cloé Giroux, a réalisé un projet personnel dans le cadre de mon cours de multimédia qui s'appelle « Je suis là pour toi ». Un travail colossal d'entrevue avec des intervenants de notre école et d'autres œuvrant à la Fondation Lani, au centre d’aide 24/7, à Tel-Aide Outaouais et au centre Intersection. Son travail de montage est exceptionnel, regroupant par thèmes les extraits de ses entrevues avec une qualité d'images et une qualité sonore qui est digne d’une équipe de tournage. Puisque son projet a été conçu pour être vu par le plus grand nombre de personnes, je vous le partage en espérant que vous le partagerez aussi. Bon visionnement!


vendredi 24 novembre 2017

Trois

Deux personnes de mon entourage étaient en train de parler. Je tendais l’oreille, même si je ne faisais pas partie de la conversation. Ils parlaient d’une tierce personne que je ne connais pas et qui n’était pas sur les lieux.

- L’autre jour, j’étais chez lui et il s’est ouvert une bière. En plein après-midi! Il m’en a offert une et j’ai refusé : y’était même pas 16 heures encore! C’était avant le souper. [L’intonation sur le mot « avant » est importante. Cette personne a pris une pause pour mettre l’accent sur le mot « avant ». C’était comme s’il était tout à fait inapproprié de prendre une consommation l’après-midi avant de souper.] Ça fait que j’lui ai dit : « Tu bois comme ça, une bière tous les jours, avant de souper? » et tu ne sais pas ce qu’il m’a répondu? Il en boit même une après!

- Tous les jours?

- Tous les jours!

- Ç’a pas d’allure!

- Pas d’allure!

- Pi pi… Pi pi pi!

- Wa! Wa… Wa! Wa! Wa…

Bon. Les deux dernières lignes n’étaient peut-être pas exactement formulées ainsi. En fait, c’est que pendant qu’ils parlaient dans le dos de Monsieur Trois, mon cerveau s’est mis en mode « n’écoute pas ça ». Je pense que cette nouvelle fonctionnalité de mon cerveau est arrivée dans une mise à jour quand j’ai eu 30 ans. Je ne me souviens pas.

https://www.youtube.com/watch?v=f4kYaHkkMbU

Mais pendant que les interlocuteurs discutaient à grands coups de « Pi! Pi! Pi! » et de « Wa! Wa! Wa! » avec la réverbération au maximum, je ne pouvais faire autrement que de me sentir coupable de consommer de l’alcool presque tous les jours : d’avoir passé une bonne partie de mes vacances à manger de bonnes bouffes, à boire du bon vin et à goûter à de bonnes bières.

La veille, le 23, un courriel de mon médecin : « Suite à votre prise de sang, Dr Inquiétante souhaite vous rencontrer afin de discuter des résultats. » Ça ne faisait même pas trois jours que ma prise de sang avait été faite ; ça ne faisait même pas une semaine que j’avais un médecin de famille ; et déjà Dr Critique avait de mauvaises nouvelles pour moi. C’est probablement le cholestérol… je ne m’alimente pas très bien. Et si c’était autre chose? J’ai fait la gaffe d’aller voir sur internet ce que pouvait révéler un mauvais test sanguin. Ça pourrait peut-être être grave. Le diabète? Le cancer? J’ai eu peur.

- Pi pi… Pi pi pi pi pi!

- Wa Wa?!! Wa Wa Wa Wa Wa…

Encore plus d’écho dans le dialogue. Le ton encore plus moralisateur, encore plus sermonneur. Comme si c’était la fin du monde. Je me suis mis à écouter à nouveau :

- Le monde qui ne font (sic) pas attention à leur alimentation comme ça, c’est bien de valeur, mais ils ne devraient pas avoir le droit de se faire opérer.

- C’est ça!

- Hey! Ce sont nos taxes qui payent pour des ivrognes pareils.

- C’est ça!

- Moi, je n’aime même pas ça de l’alcool! Bon, j’en prends quand je n’ai pas le choix si je suis invité(e) chez du monde, mais à part ça? Pppp?

https://www.youtube.com/watch?v=a98w8NGhPKA

C’est drôle comme son « Pppp! ». C’est comme faire un pet avec sa bouche pour signifier « et alors? Je m’en fous! ». Pauvre Monsieur Trois. Je ne le connais pas, mais j’ai beaucoup d’empathie pour lui. J’aurais aimé lui dire : « Hé! Ces personnes qui font partie de ton entourage jacassent dans ton dos! Ce ne sont pas de bons amis : au lieu de se soucier réellement de ta santé, ils te jugent et pensent à leurs taxes! Tu les invites chez toi, tu leur offres une bière et eux te perçoivent comme une anomalie du système de santé. »

https://www.youtube.com/watch?v=1s9n4CSct4Y

D’un point de vue rationnel, je n’aurais pas dû, mais je me suis quand même senti coupable. Si Dr Tracas voulait me voir, c’était probablement parce que je n’avais pas pris soin de ma santé de manière adéquate.

J’ai changé de pièce pour cesser d’entendre ce déluge de « Pi! » et de « Wa! ». Tout pédagogue qui se respecte devrait faire des efforts pour faire taire le vacarme assourdissant de l’ineptie ; doucement et rationnellement. Cette journée-là, je n’en avais pas la force.

Je me suis rendu au bureau du médecin plutôt nerveux.

https://www.youtube.com/watch?v=Icf68LrMfdY

Verdict : cholestérol élevé. Triglycérides dans le tapis. Ferritine full blast. Il ne faut pas banaliser, mais j’étais quand même soulagé. Recommandation : perdre du poids, ne pas manger de viande rouge et ne pas boire d’alcool. Suggestion : devenir végétarien. Tout ça pour trois mois.

C'est fait. J’ai fait ma prise de sang. J’ai été végétarien pour 20 repas sur 21 dans par semaine et quand je ne l’étais pas, c’était pour manger du poulet ou de la dinde. J’ai fait plein de bonnes recettes ; vraiment pas toutes, mais quand même une bonne majorité. Pas une goutte d’alcool : ça m’a permis de déguster des bières sans alcool. Par contre, de ce côté, j’ai fait aucune découverte qui m’a jeté par terre. J’ai perdu sainement 21 livres sans tomber dans l’excès inverse.

J’attends les résultats, mais d’ici là, je vais me permettre une certaine souplesse. Prendre une bonne bière ou un bon verre de vin.

Des fois, avant de souper.

Et si ça offusque quelqu’un,

Pppp!

Santé!

samedi 28 octobre 2017

La division par zéro

En mathématique, la division par zéro est problématique puisqu’elle n’est pas définie. Les limites nous permettent de mieux la comprendre.

* * *

Je pense fondamentalement qu’on aspire tous à devenir de meilleures personnes. Plus j’évolue dans le domaine de l’éducation et plus je constate que cette aspiration est intrinsèque en chacun de mes élèves, de mes collègues, de mes patrons, des parents de mes élèves, toutes catégories et générations confondues. Là où les idées divergent, c’est sur la définition de ce que peut être une « meilleure personne ».

Je me désole trop souvent à croire que pour beaucoup trop d’acteurs du monde de l’éducation, « être une meilleure personne » correspond à avoir un emploi payant : une ravissante et grande maison, un chalet bucolique sur le bord d’un lac, une belle voiture luxueuse, un fonds de pension bien garni, etc. En plus, c’est souvent un matérialisme dénué de profondeur intellectuelle : avouons qu’il est rare d’entendre une personne aspirant à la richesse dire que c’est dans le but de garnir une énorme bibliothèque, de se procurer un Steinway pour jouer du Stravinsky ou d’ajouter des films à leur collection des grands classiques du cinéma.

Demandez à des élèves de quatrième ou cinquième secondaire pourquoi ils vont à l’école et vous constaterez que leur réponse concernera quasi systématiquement l’argent ou le prestige.

À un élève vraiment démotivé, il y a quelques années, j’avais posé la question difficile : « pourquoi viens-tu à l’école? » :

- Je vais à l’école pour devenir avocat.
- Ah oui? Tu es passionné par le droit? Les lois?
- Hm? Non, vraiment pas!
- La justice? Tes amis trouvent que tu es de bon conseil? Tu aimes argumenter?
- Ben oui… mais pas tant que ça là…
- Avez-vous fait un débat en français? Comment as-tu trouvé ça?
- Oui, on en a fait un. J’ai haï ça… Ça prend plein d’organisation pis en plus j’étais pas d’accord avec ce que je devais défendre…
- Mais tu sais que si tu deviens avocat, tu vas avoir à faire ça très souvent…
- Ben, au moins, c’est payant.

* * *

Une division est composée d’un dividende, d’un diviseur et d’un quotient. Un dividende est l’élément que l’on divise, le diviseur est celui qui divise et le quotient est le résultat de la division. Observons la variation d’un quotient par rapport à celle d’un diviseur dont on diminuera la valeur graduellement :

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Plus le diviseur se rapproche de zéro, plus le quotient est grand. Certaines personnes poseraient probablement l’hypothèse que lorsque le diviseur est zéro le quotient d’une division est l’infini…

* * *

Leurs parents et leurs enseignants leur ont répété depuis qu’ils sont tout petits : « Si tu ne vas pas à l’école, tu n’auras pas d’emploi et tu ne gagneras pas d’argent. » Cette phrase s’apparente à celle-ci, que j’ai entendue de nombreuses fois depuis que j’enseigne : « Va à l’école, sinon tu vas travailler au McDo toute ta vie! ». Cette phrase conduit malheureusement la réflexion de l’enfant vers une école profitable exclusivement au monde du travail.

* * *

Tentons de faire le même exercice avec des diviseurs négatifs qui se rapprochent de 0.

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Plus le diviseur se rapproche de zéro, plus le quotient est petit. Certaines personnes poseraient probablement l’hypothèse que lorsque le diviseur est zéro le quotient d’une division est moins l’infini…

* * *

Je ne détiens pas la solution.

Affecté par une société qui rejette la culture générale et la curiosité au profit de l’enrichissement et du bien matériel.

Las d’une éducation contradictoire qui cherche à soigner son image en souhaitant à la fois la neutralité de ses employés et l’émancipation de ses élèves.

Saturé de voir ces parents astiquer leur enfant comme s’il s’agissait d’un trophée que l’on exhibe devant la visite.

Épuisé de ces gens qui associent la marque d’une voiture avec la réussite ou un veston griffé avec le succès.

Écœuré par ces valeurs superficielles au dénominateur.

Tanné de ne pas détenir de solution.

mercredi 28 juin 2017

Schtroumpf alors!

Schtroumpf adolescent en 2016 :

« On a bien schtroumpfé! »

Schtroumpf adolescent en 2017 :

« On a bien schtroumpfe! »

2017 : L'année où les adolescents ont cessé de conjuguer.

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lundi 26 juin 2017

Je n’aime pas mes élèves

Cette lettre, parue dans le Devoir, me fait réfléchir sur la nature de la relation entre un enseignant et ses élèves. Elle me fait réaliser que jamais je n’aurais pu être l’auteur de cette lettre, et ce, même si certains élèves se sont déjà confiés à moi. On enseigne à toutes sortes d’élèves : des studieux, des délinquants, des tristes, des joviaux, des indifférents, des élèves de droite, des élèves de gauche, des homosexuels, des homophobes, des racistes, … bon, vous comprenez l’idée.

Certains enseignants (heureusement, ils existent) développent un lien affectif avec une bonne majorité de leurs élèves, et c’est tant mieux. Beaucoup d’élèves s’accrochent à ce lien et restent à l’école malgré leur dégoût pour la rigueur que demande l’apprentissage. Il y a des élèves qui ont une vie de punching bag… des élèves qui sont propriétaires de secrets pénibles qu’ils ne racontent qu’à une infime partie de leur entourage. Certains de mes élèves m’ont déjà livré des confidences. Je crois honnêtement que j’ai une bonne oreille pour les écouter. Je peux leur donner des conseils, mais généralement, je les réfère à quelqu’un de spécialisé. C’est certain que je suis content lorsqu’on m’informe que l’élève a appris à grandir malgré ses difficultés, mais – peut-être égoïstement, ça s’arrête là.

Suis-je donc cet enseignant froid de quatrième et cinquième secondaire qui ne s’intéresse pas de la vie de ses élèves? Et si oui, est-ce que c’est mal? Je ne crois pas. S’il y a toutes sortes d’élèves, je présume qu’il y a aussi toutes sortes d’enseignants… Je me remets dans le contexte et il me semble que je n’exigeais pas ça de mes enseignants au secondaire.

N’allez pas croire que je juge cette enseignante qui termine sa lettre en disant « Je t’aime » à son élève, au contraire. Je ne fais que me remettre en question sur le phénomène. Mais, je dois avouer que je ressens un malaise lorsque je me mets, en tant qu’enseignant, dans la même situation.

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Mes enseignants ne m’aimaient pas… Je pense… Ils m’appréciaient fort certainement, mais ça s’arrêtait là.

Je n’aime pas mes élèves… je les apprécie tous à un niveau différent et j’ose même dire que dans certains cas, ce niveau est à zéro…

Et si j’écrivais une lettre ouverte à un élève que je n’apprécie pas, j’aurais sans doute le même malaise à lui dire « Je ne t’aime pas ».

mardi 20 juin 2017

Esclaves

L’école devrait avoir comme mandat de rendre ses élèves plus libres. Elle devrait les aider à penser par eux-mêmes et à avoir un meilleur esprit critique.

Pessimisme en voyant cette œuvre. Je n’en connais malheureusement pas l’auteur…

Esclave du mercantilisme.

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mercredi 7 juin 2017

La brosse à dents en classe : pour ou contre?

Pour mes amis qui ne sont pas en enseignement, je vous apprends sûrement que la nouvelle mode chez les élèves, depuis quelques mois, est d’apporter leur brosse à dents en classe. Ce sont de nouvelles brosses à dents électriques, beaucoup plus petites que celles qu’on connaît à ce jour qui peuvent servir aussi de crayons, de stylos, de gomme à effacer, d’ustensiles, etc.

Grâce à un écran déroulant sur le côté du manche, on peut lire quelques statistiques : combien de fois on se brosse les dents par jour, quels sont les risques que l’on développe des caries, etc. Comme l’appareil est muni d’une caméra vidéo et de plusieurs senseurs, une application de correction facilite l’écriture du français avec l’outil « crayon ». Il y a aussi un compteur de calories qui leur permet d’être conscients de leur alimentation avec l’outil « ustensiles ». Un véritable couteau suisse moderne!

Cependant, depuis l’apparition de cet appareil, je constate que mes élèves passent de plus en plus de temps à se brosser les dents… machinalement, sans réfléchir à ce qu’ils font. Ils ne se soucient plus de leur santé dentaire, ils ne font qu’accumuler de bonnes statistiques afin de les comparer à celles de leurs confrères de classe. Et évidemment, je ne peux garder sous silence toute l’intimidation que vivent les élèves qui n’utilisent qu’une brosse à dents standard.

Évidemment, en classe, l’utilisation de la brosse à dents est interdite, mais comme l’objet est petit et peut se confondre avec un simple crayon, il est très difficile d’intervenir systématiquement avec chaque élève qui sort sa brosse à dents. Vous vous leurrez si vous croyez qu’il est facile de les repérer : dès que vous avez le dos tourné, ils sortent leur brosse. Après, retournez-vous et essayez d’identifier l’élève qui avait activé illégalement son appareil… Même Luc Langevin en serait incapable…

L’administration de mon école a bien tenté d’interdire totalement la brosse à dent au sein de son établissement, mais plusieurs parents se sont plaint : « Comme puis-je m’assurer de la santé dentaire de mon fils si je ne peux pas suivre ses statistiques en ligne ?», demandait une mère, inquiète. « Nos jeunes sont nés avec cette technologie entre les mains et elle fait partie intégrante de leur quotidien. En tant qu’enseignants, vous devrez vous adapter à cette nouvelle réalité. C’est un changement de culture! », affirmait un autre parent.

Pour mes amis qui ne sont pas en enseignement, cessez d’y croire, car c’est faux. C’est mon invention. Il n’y a pas de brosse à dents électrique en classe. Par contre, chaque année, il y a un nouveau gadget qui apparaît dans nos classes.

Je fais une parenthèse ici, mais dernièrement, les élèves se sont procuré des « finger spinners ». Jusqu’à maintenant, je n’en ai vu que trois dans mes classes, mais si j’en crois mes collègues du primaire, bientôt, presque tous les élèves en auront un. Je ne comprends vraiment pas l’attrait de ce jouet : de mon point de vue, c’est un roulement à billes. Les élèves font tourner leur bébelle et la regardent, hypnotisés… Cette mode sera probablement éphémère. Vous vous rappelez qu’au mois de septembre, on parlait de Pokémon Go? Ça ne fait même pas un an! En 2006, les filles dans mes classes avaient toutes un petit miroir et se maquillaient pendant les cours. Cette mode n’existe plus.

Parenthèse close. Revenons aux téléphones cellulaires, car c’est surtout de ça que je voulais parler. Je crois ne pas me tromper si je dis que plusieurs écoles secondaires au Québec, plusieurs Cégeps et probablement plusieurs Universités se questionnent sur l’utilisation du cellulaire en classe. « Le téléphone cellulaire dans nos établissements : pour ou contre? »

Rappelez-vous qu’il y a quelques minutes, vous trouviez complètement absurde que des élèves aient une brosse à dents en classe… Non seulement on se dit que l’objet n’a pas sa place en classe, mais on ne comprend même pas comment il a pu y entrer! Pourquoi un élève aurait eu l’idée farfelue d’apporter une brosse à dents en classe? Ou une corde à danser? Ou un roulement à billes? Ou une bicyclette?

Selon cette étude (http://cep.lse.ac.uk/pubs/download/dp1350.pdf) le fait de bannir les téléphones dans les écoles (pas seulement en classe, mais bien dans l’école complète) aurait un impact positif sur les résultats académiques des élèves.

J’ai donc décidé de faire ma propre recherche. Elle n’a rien de scientifique et elle est probablement biaisée. J’en prends et j’en laisse, mais j’ai fait un petit sondage auprès de 30 élèves de cinquième secondaire et les résultats me surprennent… mais plutôt que de parler de ceux qui me surprennent, commençons par ceux qui ne me surprennent pas.

La majorité des élèves au secondaire ont leur téléphone cellulaire sur eux, dans tous les cours, même si c’est interdit (je salue d’ailleurs leur honnêteté, même si plus tard dans ce texte, j’en douterai…). Ils ne veulent pas le laisser dans leur casier. En moyenne, ils consultent leur téléphone de 2 à 3 fois par cours.

Je leur demande s’ils considèrent qu’ils ont une concentration fragile (par exemple, s’il y a un bruit qui vient de l’extérieur de la classe, si quelqu’un tousse, si quelqu’un échappe quelque chose par terre) et leur réponse est claire : oui, ils ont une concentration fragile.

Ensuite : est-ce que votre cellulaire nuit à votre concentration? C’est presque unanime! Non.

Est-ce que votre cellulaire nuit à la concentration d’un voisin? Là, on reconnaît que c’est probable, mais sans plus... L’opinion est mitigée.

Allons-y avec mes surprises : Qui contactez-vous le plus souvent durant un cours? Ce sont… les parents. Les élèves parlent avec leurs parents dans nos cours. Oups! Erreur! Quand lors des visites de parents, on remet en question la concentration de l’élève, je vais peut-être maintenant poser la question : « avez-vous déjà contacté votre enfant pendant un de ses cours, via messagerie texte ? »

Autre surprise : l’application la plus utilisée (je m’attendais à Messenger, Facebook ou simplement la messagerie texte) est Snapchat dans ma classe en cinquième secondaire. Peut-être est-ce parce qu’ils croient avoir un plein potentiel sur leur anonymat? Ce n’est probablement qu’une mauvaise hypothèse.

Troisième surprise : Pourquoi sont-ils si accroc à leur téléphone cellulaire? Parce que si JAMAIS il y a une URGENCE ils pourront rapidement réagir! Honnêtement, je les croyais plus honnêtes. (J’apprécie ma dernière phrase autant que vous…) Seulement trois élèves sur 30 ont avoué être dépendants de leur téléphone cellulaire. Les autres n’en ont pas besoin, mais l’ont toujours sur eux. (Rappelons ici que le règlement est qu’ils n’ont pas le droit d’un téléphone cellulaire en classe…) Ça voudrait dire que la majorité de mes élèves de cinquième secondaire consultent leur téléphone dans tous leurs cours de 2 à 3 fois par cours (ils durent 1h15) pour s’assurer qu’il n’y a pas d’urgence. Il y a beaucoup d’élèves angoissés dans nos classes… y aurait-il un rapport?

Mon sondage n’est pas scientifique. Mon sondage est biaisé. Tant pis. J’ai quand même appris une chose : mes élèves malades et sont dans leur phase de déni. J’y reviens après ma deuxième parenthèse…

Deuxième parenthèse : Mon père, qui est un enseignant retraité passionné qui continue de faire de la suppléance 6 ans après sa retraite (maudit malade, direz-vous!), gérait durant ses surveillances le port de la casquette dans l’école. C’était la mode : tous les élèves avaient une casquette et craignaient de montrer leurs cheveux dépeignés devant tout le monde… Vous imaginez la honte? Dans les années 90, ne pas avoir la tête remplie de gel mouillé? C’était ça, la honte… Bref, en entrant dans l’école, les élèves devaient enlever leur casquette. Nuance… On ne l’interdisait pas, il ne fallait pas la porter. On l’enlevait en rentrant dans l’école. Ce petit geste appelait au respect.

Ce règlement existe encore, mais comme la nouvelle mode des garçons est d’avoir un chignon mou – comme celui qu’avait la grand-mère dans Passe-Partout, d’ailleurs! – sur le dessus de la tête, la casquette est moins populaire. Mais quand les élèves entraient dans l’école, les surveillants ne faisaient qu’un geste : celui de celui qui retire sa casquette invisible. (J’apprécie ma dernière phrase autant que la dernière fois!) Bref, il y avait un règlement et il était appliqué à l’entrée de l’école : range ça, parce qu’en rangeant ça, tu es respectueux. Si le règlement était applicable en 1999, quand j’étais en secondaire 4, il est sûrement applicable aujourd’hui! (Argument archaïque dira-t-on…)

Fin de la parenthèse. Dans la maladie, il y a plusieurs phases avant d’y arriver à l’acceptation : d’abord le choc (oh… ce téléphone est merveilleux!), ensuite, il y a le déni (ce téléphone est merveilleux, mais je n’y suis pas du tout dépendant. Je peux arrêter de texter quand je veux!), ensuite le désespoir (il n’y a rien à faire, je vais rester accroc… ça doit être à cause des autres ou de la surprotection…), quatrièmement il y a le détachement (au fond, ce n’est pas si grave si j’ai un cellulaire qui date de l’an passé…) et finalement, il y a l’acceptation (je vais laisser mon téléphone cellulaire chez moi. S’il y a une urgence, mes parents peuvent contacter l’école sans problème).

Bref, ça fait déjà 1550 mots et je ne vous ai pas apporté de solutions. Je suis désolé, car ma piste de solution s’arrête là. Par contre, je suis optimiste, puisque dans la maladie, suit toujours une phase d’acceptation. Je l’attends avec espérance.


mercredi 15 mars 2017

Juste attendre

Voici ce qu’écrivait Line Raymond, enseignante en mathématique au Cégep il y a quelques semaines : « Quand il faut sans cesse ramener à l'ordre une classe, c'est que soit les étudiants ont compris et qu'ils s'ennuient, soit qu'ils se moquent du cours et qu'ils s'amusent. Y a rien comme une évaluation pour en connaître la réponse. »

Je ne sais pas trop comment vous présenter Line, puisqu’à la base, c’est une ancienne prof… Mais je n’aime pas la présenter comme ça puisqu’elle m’a enseigné le calcul avancé en 2002 pendant 15 semaines. Pendant ces mêmes 15 semaines, elle m’a aussi accompagné, avec son collègue maintenant retraité François Laflèche dans mon projet intégrateur de fin de session. Grâce aux magies de la technologie, on a gardé contact et avec les années on a discuté musique, pédagogie, drôleries, on a blogué, on a même composé une chanson! On a tenté d’écrire une nouvelle littéraire sous forme de cadavre exquis et on a abandonné le projet. Elle m’a fait lire Normand Baillargeon. Tout ça depuis 2002. Je ne renie pas les 15 semaines où elle m’a enseigné, mais je retiens beaucoup plus des 15 années qui ont suivies.

Bref, on se situe quelque part entre des amis qui ne se voient jamais et de très bons collègues qui ne travaillent pas ensemble!

Bon, maintenant que les présentations sont faites, je reviens à ça : « Quand il faut sans cesse ramener à l'ordre une classe, c'est que soit les étudiants ont compris et qu'ils s'ennuient, soit qu'ils se moquent du cours et qu'ils s'amusent. Y a rien comme une évaluation pour en connaître la réponse. »

Cette réflexion me revient constamment en tête depuis, je crois, mon premier mois d’enseignement : et si les élèves qui dérangent, au fond, étaient lassés de mes longues explications parce qu’ils ont déjà compris? Je crois que le fait d’enseigner l’informatique cette année – une nouvelle matière pour moi – m’a permis de répondre partiellement à cette question.

Nous avons commencé à programmer des pages en HTML. Le code est assez simple, mais j’y vais lentement afin de m’assurer que les élèves comprennent comment ça fonctionne. J’utilise une méthode de travail pratique que j’ai calquée sur… les cours en design graphique que j’ai suivis. Quand j’apprenais à utiliser le logiciel Photoshop, au début, je trouvais ça long : les exercices pratiques étaient très, très, très faciles. Je voyais mes voisins de classe, dix ans plus jeunes, surfer sur Facebook pendant ce temps et je me disais qu’ils étaient probablement très doués. Par leur attitude nonchalante, ils réussissaient à rayonner auprès des autres! Quelques cours plus tard, alors que c’était plus difficile, ils se sont mis au travail et avaient du mal à suivre. Sans vouloir me vanter, de mon côté, j’avais réussi à garder le rythme.

Dans le cours que je donne, j’ai expliqué la semaine dernière comment programmer des tableaux en HTML : comment fusionner des cellules, comment faire une ligne d’en-tête, comment fusionner des colonnes, etc. Pendant ce temps, je voyais des élèves faire autre chose, mais tout de même en approfondissant leurs connaissances dans le domaine, ce que je trouve tout de même remarquable! Pendant que j’enseigne la programmation des tableaux, eux vont fouiller sur le langage CSS et JavaScript, c’est fort! Ça ne m’arrive pratiquement jamais en mathématique. Jamais un élève ne faisait des recherches sur les séries de Fourrier alors que j’enseignais comment faire la preuve de la formule des zéros de la fonction quadratique!

Non. En mathématique, j’ai compris que dès qu’un problème prend plus que trois étapes de résolution, même si on l’enseigne, même si on leur fait découvrir, même si on le fait enseigner par les pairs, quand arrive le temps de corriger le problème afin de vérifier si toute la démarche est bonne, la moitié de la classe a perdu l’attention. Peut-être plus.

Ça parle. On ramène à l’ordre. Ça rit. On ramène à l’ordre. Ça chiale. On fait une blague, puis on ramène à l’ordre. Ça lance un avion en papier. On ne fait pas de blague, on est insulté, puis on ramène à l’ordre. Ça se lève pendant qu’on est en train de donner les dernières instructions du cours, juste avant que ça sonne… On est insulté, on compare le groupe à un troupeau de vaches puis on ramène à l’ordre.

Personnellement, je me sens souvent insulté lorsque je ramène à l’ordre des élèves qui ont l’âge d’avoir des responsabilités d’adultes. Ça, c’est un autre sujet.

Ensuite, on fait une évaluation. En informatique, c’est frappant! Les élèves qui semblaient se débrouiller le mieux échouent en théorie… Et de la théorie à choix de réponse toute bête en plus! En mathématique, c’est difficile de nuancer, puisque souvent, l’élève qui n’a pas compris aura laissé une page blanche.

Alors… ces élèves qu’on ramène à l’ordre, ce sont des doués ou des loques?

Voici ma conclusion toute simple : ce sont des personnes qui n’ont jamais appris à être patientes.

C’est tout.

Ils n’ont jamais appris à attendre en ligne sans se divertir avec leur téléphone intelligent.

Ils n’ont jamais appris à faire un voyage en voiture sans regarder de film.

Ils n’ont jamais appris à regarder les éclairs dehors lors d’une panne d’électricité.

Ils n’ont jamais appris à laisser murir une idée. Parce qu’une idée, en 2017, il faut la dire tout de suite, car celui qui parle le plus rapidement a généralement le dernier mot! Comme si la répartie primait sur la réflexion…

Ils n’ont jamais appris à attendre.

Juste attendre.

Attendre en écoutant le fil des idées. En se questionnant. En se remettant en question. En se rappelant. Laisser notre mijoteuse cervicale à cuisson lente pendant des heures. Laisser braiser les idées à feu doux.

Est-ce générationnel? Pas du tout. Il y a un paquet d’X et de baby-boomer comme ça… Ils ont tous en commun le fait de ne pas avoir appris à être patients. Les X impatients n’ont jamais appris à finir les jeux vidéo sur Nintendo sans utiliser de codes qu’ils trouvaient dans des revues spécialisées et les boomers impatients n’ont jamais appris à attendre que la ligne soit pointillée avant de dépasser sur l’autoroute.

Ce qui est peut-être générationnel, c’est le fait de ne pas constater qu’être impatient, ce n’est pas trop poli et ça manque un peu de décorum.

La prochaine question : comment est-ce que ça s’enseigne, être patient?

mercredi 22 février 2017

Quarante piasses

Je fais un projet dans mon cours de multimédia qui est sous forme de concours. Le projet déborde un peu de l’évaluation et dénote un côté compétitif. Quand la compétition est saine, elle donne une certaine source de motivation et c’est pourquoi je ne suis pas toujours contre. Peut-être plus particulièrement dans le domaine des arts, car une œuvre ne fait jamais l’unanimité et je crois qu’un artiste est toujours plus lucide s’il est humble.

Bref, le travail est de créer la page couverture de l’agenda de l’an prochain. Le gagnant (ou l’équipe gagnante) aura la chance de voir leur travail sur l’agenda de l’an prochain (comme ils seront au Cégep, on leur remettra une copie, évidemment) en plus de gagner un certificat cadeau de 40$.

Je vois personnellement ce certificat cadeau comme un droit d’auteur. Nous utiliserons leur œuvre, la copierons plus de 1000 fois sur un agenda qui sera vu tous les jours par tous les étudiants de l’école. Ce n’est pas rien et pour moi, le droit d’auteur est un concept essentiel à enseigner au secondaire. Je veux être bien clair : il ne s’agit pas d’un travail normal, il s’agit d’un travail qui sera réutilisé, imprimé et publié. L’utilisation de leur œuvre mérite un prix, à mon avis.

… Quarante dollars. Pour leur faire comprendre la notion de droit d’auteur. Je pensais que c’était pour être suffisant. Peut-être pas…

Je cherchais donc un certificat cadeau en lien avec le cinéma ou la télévision et j’ai proposé à mes élèves un certificat cadeau de 40$ pour le service Netflix. Déjà que je pilais sur certaines de mes convictions (car Netflix ne pait pas de taxes/impôts au Canada – beurk! – et ne présente presque aucun contenu québécois – re-beurk!), j’ai fait face à un autre problème… qui m’a déçu… encore une fois…

- Oui, mais… monsieur, on a tous déjà Netflix.

- Ah! Ben c’est parfait, lors de votre prochain abonnement, vous pourrez avoir quatre mois payés par votre certificat cadeau et si jamais vous êtes deux, ça vous fera deux mois chacun… à la limite, prenez-vous un abonnement 2 écrans et profitez tous deux de 4 mois!

- Ben non… c’est pas nous qui paye…

- C’est vos parents?

- Ben oui!

- Mais si jamais vous déménagez l’an prochain, le certificat cadeau va être encore bon, vous pourrez l’utiliser.

- Nos parents vont nous payer encore Netflix monsieur…

- Ah… Donc, un certificat cadeau de 40$ pour Netflix, ce n’est pas vraiment une paye?

- Non… C’est une paye pour nos parents.

- Ok… Je vais réfléchir à ça.

Alors je réfléchis. D’autres élèves m’ont dit qu’ils utilisaient un même compte Netflix pour toute la famille élargie. Tante, oncle, cousin, voisine, etc. On est loin de la compréhension des droits d’auteurs…

Au secondaire, ne travaillant pas, quand j’allais au cinéma, c’était souvent mes parents qui payaient. Je me rappelle en secondaire 5 avoir gagné une entrée gratuite au cinéma pour mon assiduité scolaire. Ce n’était pas grand-chose, mais j’étais content… Il me semble que jamais je ne me suis dit que le certificat n’en valait pas le coût parce que mes parents me payaient des sorties et que je ne maximiserais pas mes profits…

Merde, un certificat-cadeau Netflix, ce n’est pas non plus 40$ de rabais sur un REER!

Hm! Un REER! C’est peut-être ça la solution…

Ça me déprime un peu…

dimanche 8 janvier 2017

Apprivoiser la techno en classe – mes observations

On pouvait lire ce samedi cet article sur l’utilisation des technologies en classe dans Le Devoir : http://www.ledevoir.com/societe/education/488630/apprivoiser-la-techno-dans-la-classe. Cette année, j’ai la chance d’enseigner un cours d’informatique monté sur mesure pour mes élèves de cinquième secondaire et la lecture de cette rencontre avec M. Ron Canuel, président de l’Association canadienne d’éducation, m’a donné envie de présenter mes observations (qui n’ont rien de scientifique et se basent sur un trop petit échantillon pour être prises comme étant une vérité) en ce qui a trait aux compétences de mes élèves avec les technologies.

Utilisation en classe depuis le primaire

Je demande souvent à mes élèves comment ils ont utilisé les technologies dans le passé. Il faut dire que la majorité du temps, c’est l’enseignant qui utilise les technologies (et en ce qui concerne les cours de mathématique que je donne, je peux confirmer cette affirmation). Les rares élèves qui ont utilisé une tablette au primaire (notons ici que mes élèves étaient au primaire entre 2006 et 2012) ne l’utilisaient que pour des tâches simples : par exemple, en mathématique, ils ont utilisé la fonction « calculatrice ». En français, ils ont utilisé la tablette pour faire de l’analyse de texte : en utilisant des couleurs différentes, ils peuvent souligner les types de mots (les verbes, les déterminants, les adverbes, etc.) à titre d’exemple. http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/807209/tablette-ecole-ecole-primaire-arpege-ipad
À peu près tous les élèves qui ont utilisé la tablette en classe l’ont toujours fait à l’aide une application très spécifique à la fois. Comme si chaque apprentissage nécessitait une application différente. À trop morceler les apprentissages, on n’enseigne à ces élèves aucune nouvelle connaissance : d’enseigner les rudiments de la phrase avec l’application « Phrase plus! »  n’ajoute pas de nouvel apprentissage technologique par rapport à enseigner les rudiments de la phrase avec un papier et un crayon. En fait, les connaissances acquises lors de l’utilisation d’une tablette ou  d’un ordinateur sont très rarement technologiques : ils ont rarement appris, à titre d’exemple, à personnaliser leur environnement de travail afin qu’il soit plus efficace pour eux, à utiliser les raccourcis clavier de telle ou telle application, et à mon avis le plus important : à ordonner des fichiers et des dossiers!
Notons d’ailleurs que ces apprentissages se situent uniquement dans les premiers niveaux de la taxonomie de Bloom https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxonomie_de_Bloom. Les apprentissages sont donc souvent des apprentissages de surface (que je trouve, malgré le fait qu’on pourrait faire davantage, essentiels).

Le Mozart du VHS

Les apprentissages faits avec la technologie au primaire faussent à mon avis l’interprétation qu’ont les élèves de leurs propres connaissances. On a trop souvent félicité les élèves lorsqu’ils réussissaient à faire quelque chose de nouveau avec un appareil technologique. Les parents s’étonnent lorsque leur enfant leur montre quelque chose et en concluent immédiatement que ce dernier doit être un surdoué des technologies. Mes parents ont fait de même avec moi (et d’ailleurs ils se plaisent à raconter cette anecdote encore et encore à toute la famille, mais bon… on s’éloigne un peu) : quand j’étais en maternelle, j’ai réussi à programmer le lecteur VHS afin qu’il enregistre mon émission préférée. Pour mes parents, c’était grandiose, mais avouons que j’étais loin d’être le Mozart du VHS…
On gonfle peut-être trop (ou mal?) la confiance de nos élèves avec la technologie et cela les porte à croire qu’ils connaissent tout… et surtout qu’ils connaîtront tout. Remarquons aussi que les technologies sont toujours changeantes et que les apprentissages que l’on fait doivent être en constante évolution : dans ce domaine, on est loin de l’apprentissage du théorème de Pythagore : ce dernier se fera encore de la même façon dans 20 ans! Par contre, l’utilisation d’un ordinateur aura forcément changé. Si on n’enseigne pas à nos élèves à apprendre à apprendre par eux-mêmes, je crois qu’on crée un glissement cognitif.

Aller plus loin – les défis de l’avenir en enseignement des technologies

À l’avenir, je crois que les principales pistes à observer dans le domaine de l’enseignement à l’aide des technologies de l’information et des communications seront celles du développement d’un bon jugement critique. Celui qui permettra aux élèves d’évaluer la pertinence d’une source provenant du web et celui qui leur permettra de comprendre la nature du plagiat et de ses conséquences, à titre d’exemple…