jeudi 19 mai 2022

Mes cheveux

Quand on est roux, on se fait parler de ses cheveux à peu près tous les jours. Quand on laisse pousser ses cheveux, on s’en fait parler souvent aussi, mais surtout par les gens qu’on n’a pas vu depuis longtemps, un peu comme la visite quand on était enfant : « Hon! T’as donc bien grandi! ». Dire que le small talk des gens normaux tourne autour de la météo…

J’ai les cheveux roux à cause du hasard de la génétique et j’ai les cheveux longs un peu à cause de la pandémie.

En 2011, dans le cadre d’une activité parascolaire, nous avions visité les studios de Radio-Canada et nous avions assisté au tournage de l’émission Tout le monde en parle. Je me souviens d’un invité, un élève du secondaire qui organisait une grande marche à Montréal contre l’intimidation. Ce soir-là, il y avait dans la foule deux roux et l’animateur de foule, durant la pause a eu la brillante idée d’aller interviewer les deux roux de la place pour parler d’intimidation.

-      Vous les gars, avez-vous été victimes d’intimidation quand vous étiez ados?

C’est l’autre qui a commencé. Heureusement pour moi. Il avait été victime d’intimidation et ça avait brisé une partie de son adolescence. Il a raconté quelques anecdotes où il se faisait dire « Hey le roux! » par des gens de son école et ça l’a amené à s’isoler. L’animateur de foule lui a demandé s’il avait des solutions et ce dernier avait répondu qu’on devait sensibiliser les gens afin de stopper l’intimidation sur la planète.

La pause publicitaire s’est terminée, alors l’animateur de foule n’a pas eu le temps de venir me questionner. Il aurait probablement été déçu d’apprendre qu’à l’adolescence, je n’ai jamais vraiment été victime d’intimidation. Me faire dire « Hey le roux! », ça arrivait chaque jour, mais je pense que l’éducation que j’ai reçue m’a appris à développer un bon sens de l’humour et de l’autodérision. Quand quelqu’un me lançait une blague sur les roux, si vulgaire soit-elle, je répliquais avec une blague encore pire et plus vulgaire que celle qu’on venait d’entendre. Pour vrai, j’ai vu des intimidateurs complètement déboussolés face à ce que je racontais.

Comme je m’impliquais dans plein d’activité parascolaire, j’avais un cercle d’ami assez solide et diversifié et je pense bien humblement que j’ai su leur démontrer que ma gentillesse et mon énergie comique éclipsaient la couleur de mes cheveux.

Imaginez si mon homologue dans la foule de Tout le monde en parle avait été victime du cancer. Est-ce que sa solution aurait été de sensibiliser les gens afin de stopper le cancer sur la planète? Bien qu’elle aurait été de très bonne foi, cette solution n’est pas la bonne et tient un peu de la pensée magique. Dans les deux cas, on doit faire appel aux experts et à la science. On doit sensibiliser les gens, oui, mais aux actions que ceux-ci peuvent poser individuellement et collectivement pour atténuer et éventuellement guérir.

L’intimidation, on réussira à la dompter le jour où on apprendra à vivre avec elle. À cet égard, je crois qu’on doit s’inspirer de la résilience et du courage qu’ont les personnes qui vivent avec la maladie. Si le hasard de la génétique a fait en sorte que mes cheveux soient roux, je peux me considérer vraiment chanceux, car le hasard de la génétique n’a pas un très bon esprit de discernement…

Depuis que j’enseigne, je me rends compte qu’une des qualités que j’apprécie le plus chez un élève, c’est sa capacité d’adaptation. Sa capacité de compréhension que ses enseignants ont des personnalités et des méthodes d’enseignement différentes et que ça explique pourquoi il y en a un qui exige de faire toutes ses démarches au crayon à mine et que l’autre exige de faire un propre à l’encre bleue. Sa capacité de mettre sur pause ses soucis personnels pour apprendre à trouver les abscisses à l’origine de la fonction quadratique. Sa capacité de se faire dire que finalement l’examen ne pourra pas avoir lieu mardi parce qu’il y a un imprévu. Sa capacité de comprendre que son enseignant n’a pas eu le temps de corriger son examen… Sa capacité d’attendre sans rouspéter que la cloche sonne pour utiliser son cellulaire…

Tout compte fait, c’est pour ça que j’ai un immense respect pour la résilience qu’ont les personnes atteintes d’un cancer et j’ai envie de leur dire « courage » à ma façon, parce qu’on ne peut pas sensibiliser la population à stopper le cancer sur la planète, mais on peut la sensibiliser à l’importance de la recherche clinique. Que grâce à des dons, « on peut mettre en place des moyens concrets pour survivre au choc du diagnostic, on peut diminuer la souffrance physique et psychologique, on peut briser l’isolement, contribuer au bien-être et qu’on peut apporter une aide financière au moment où les familles en ont besoin »[1].

Pour toutes ces raisons, j’ai accepté qu’on parle encore et toujours de mes cheveux d’Ed Sheeran et je participerai avec grande fierté au défi tête rasée de Leucan le 3 juin prochain organisé à mon école, l’école secondaire du Versant.

C’est donc avec mon énergie comique que je vous demande gentiment de m’encourager à éclipser mes cheveux en faisant un don ici pour Leucan :  http://www.webleucan.com/ahdionne 

P.S. Pour celles et ceux qui sont victimes d’intimidation, je ne vous oublie pas. Des moyens concrets existent aussi pour apprendre à y faire face.



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