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lundi 3 juillet 2017

Le « beigne-poutine » de Tim Horton

J’aime beaucoup les soirées électorales. Je me souviens d’un soir de 2004, j’avais 20 ans, mes amis et moi avions travaillé pour le bal des finissants de Nicolas-Gatineau. Parce que mon père était l’animateur et l’organisateur principal, nous avions eu un contrat pour filmer la soirée et pour faire la promotion du « cédérom des finissants » et de la « VHS des finissants ». Wow! Ça fait juste 13 ans et on dirait que ça en fait 30! Bref, nous n’avions pas besoin de travailler jusqu’à la toute fin du bal et nous étions rentrés assez tôt pour voir les résultats des élections fédérales. C’était le 28 juin 2004. On s’était installé devant la télé, chez mes parents avec une bonne bière bien méritée – filmer pour le bal m’épuisait intellectuellement et me déprimait, en parler serait très long… ça mériterait un autre billet – et on écoutait les discours des gagnants et des perdants.

- Anthony, c’est quoi le rapport avec le « beigne-poutine » de Tim Horton?

Je commençais à peine à être curieux par rapport à la politique. Heureusement, dans ma vie, mes parents m’ont fait écouter Elvis Gratton très jeune. J’ai regardé les Bye bye et les festivals Juste pour rire. Mon éducation politique, même si elle était bien faible, se faisait grâce à l’humour. Puis, j’ai lu Falardeau. Plus tard, j’ai lu Bourgeault. Mes opinions ont été à gauche, puis à droite, puis à gauche.

- Anthony, tu m’énerves… avec ton titre, tu nous avais promis un article sur le « beigne-poutine » de Tim Horton!

Si j’ai pu développer mon esprit critique, c’est principalement grâce aux médias : parce que j’ai regardé la télévision, parce que j’ai écouté des entrevues, parce que j’ai lu des articles. J’ai pu faire des choix à l’image de mes opinions.

- Et le « beigne-poutine » de Tim Horton, tu en penses quoi? Ça t’amuse ou ça te dégoûte?

J’ai la chance d’enseigner un cours optionnel depuis cinq ans sur le montage vidéo. Le cours a souvent changé de nom parce que j’ai toujours du mal à prendre une décision sur la direction globale de ce cours. L’an prochain, j’aimerais apporter un volet critique sur le rôle des médias. J’aimerais que mes élèves réfléchissent à la valeur d’un article, ou d’une entrevue, ou d’un documentaire sur un sujet « x » traité par tel média et qu’ils comparent cette valeur à un même sujet traité par un autre média…

- Ce n’est pas sérieux du tout ton billet, Anthony… Parle-nous de sujets qui nous intéresse vraiment!

Ainsi, ils pourraient avoir un meilleur esprit critique et choisir des sources fiables lorsque vient le temps de faire une rechercher ou de faire le montage d’un reportage ou d’un documentaire.

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mercredi 22 février 2017

Quarante piasses

Je fais un projet dans mon cours de multimédia qui est sous forme de concours. Le projet déborde un peu de l’évaluation et dénote un côté compétitif. Quand la compétition est saine, elle donne une certaine source de motivation et c’est pourquoi je ne suis pas toujours contre. Peut-être plus particulièrement dans le domaine des arts, car une œuvre ne fait jamais l’unanimité et je crois qu’un artiste est toujours plus lucide s’il est humble.

Bref, le travail est de créer la page couverture de l’agenda de l’an prochain. Le gagnant (ou l’équipe gagnante) aura la chance de voir leur travail sur l’agenda de l’an prochain (comme ils seront au Cégep, on leur remettra une copie, évidemment) en plus de gagner un certificat cadeau de 40$.

Je vois personnellement ce certificat cadeau comme un droit d’auteur. Nous utiliserons leur œuvre, la copierons plus de 1000 fois sur un agenda qui sera vu tous les jours par tous les étudiants de l’école. Ce n’est pas rien et pour moi, le droit d’auteur est un concept essentiel à enseigner au secondaire. Je veux être bien clair : il ne s’agit pas d’un travail normal, il s’agit d’un travail qui sera réutilisé, imprimé et publié. L’utilisation de leur œuvre mérite un prix, à mon avis.

… Quarante dollars. Pour leur faire comprendre la notion de droit d’auteur. Je pensais que c’était pour être suffisant. Peut-être pas…

Je cherchais donc un certificat cadeau en lien avec le cinéma ou la télévision et j’ai proposé à mes élèves un certificat cadeau de 40$ pour le service Netflix. Déjà que je pilais sur certaines de mes convictions (car Netflix ne pait pas de taxes/impôts au Canada – beurk! – et ne présente presque aucun contenu québécois – re-beurk!), j’ai fait face à un autre problème… qui m’a déçu… encore une fois…

- Oui, mais… monsieur, on a tous déjà Netflix.

- Ah! Ben c’est parfait, lors de votre prochain abonnement, vous pourrez avoir quatre mois payés par votre certificat cadeau et si jamais vous êtes deux, ça vous fera deux mois chacun… à la limite, prenez-vous un abonnement 2 écrans et profitez tous deux de 4 mois!

- Ben non… c’est pas nous qui paye…

- C’est vos parents?

- Ben oui!

- Mais si jamais vous déménagez l’an prochain, le certificat cadeau va être encore bon, vous pourrez l’utiliser.

- Nos parents vont nous payer encore Netflix monsieur…

- Ah… Donc, un certificat cadeau de 40$ pour Netflix, ce n’est pas vraiment une paye?

- Non… C’est une paye pour nos parents.

- Ok… Je vais réfléchir à ça.

Alors je réfléchis. D’autres élèves m’ont dit qu’ils utilisaient un même compte Netflix pour toute la famille élargie. Tante, oncle, cousin, voisine, etc. On est loin de la compréhension des droits d’auteurs…

Au secondaire, ne travaillant pas, quand j’allais au cinéma, c’était souvent mes parents qui payaient. Je me rappelle en secondaire 5 avoir gagné une entrée gratuite au cinéma pour mon assiduité scolaire. Ce n’était pas grand-chose, mais j’étais content… Il me semble que jamais je ne me suis dit que le certificat n’en valait pas le coût parce que mes parents me payaient des sorties et que je ne maximiserais pas mes profits…

Merde, un certificat-cadeau Netflix, ce n’est pas non plus 40$ de rabais sur un REER!

Hm! Un REER! C’est peut-être ça la solution…

Ça me déprime un peu…

mercredi 21 décembre 2016

Haïr Noël (ou le conformisme du non-conformiste)

Chaque année, je croise quelqu’un qui déteste Noël et qui cherche mon approbation dans sa discussion :

« Noël! Franchement! Hein? Cette surconsommation! Hein? Recevoir la famille… Pfff! Hein? Pas d’allure! Hein? »

Je suis toujours mal à l’aise quand quelqu’un me parle en me mettant son opinion dans la bouche sans me laisser parler. Comme si le fait de dire « Hein? » à la fin de ce qui n’est même pas une phrase rassurait mon interlocuteur.

Le problème avec les gens qui détestent Noël, c’est qu’ils ne réussissent pas à avoir mon approbation… parce que j’aime ça, Noël! Mais d’un point de vue objectif, ils ont quand même probablement raison : je suis peut-être trop nostalgique, trop conformiste, trop capitaliste… Trop gna-gna avec mon cœur d’enfant… Je nourris peut-être trop mon propre plaisir à faire des cadeaux aux autres… Je trouve néanmoins que tout ça est moins lourd que d’être avare comme un rat. Comme Monsieur Scrooge.

Le principal argument des gens qui n’aiment pas Noël, c’est que c’est inutile de dépenser autant d’argent pour faire des cadeaux. Je dirais ici – par pure observation trop peu scientifique – que ces gens se divisent en trois catégories : les menteurs, les puristes et les casse-culs.
Les menteurs de Noël sont ceux qui trouvent ridicule le fait de se donner plusieurs cadeaux dans le temps des fêtes. Ceux-là optent pour une option beaucoup moins capitaliste, à leur avis : ils ne s’offrent qu’un seul cadeau. Et parfois, un seul cadeau pour la famille complète. Mais le cadeau qu’ils s’offrent dépasse largement la valeur des petits cadeaux qu’ils dénoncent : ils s’offrent un voyage, un nouvel ordinateur, une voiture, un instrument de musique, etc. Il m’apparaît de très mauvaise foi de juger la nature capitaliste de ceux qui s’offrent des livres, des films et des jouets alors que tes dépenses pour Noël sont plus élevées!

Les puristes de Noël sont ceux qui trouvent ridicule le fait de dépenser pour faire un cadeau. Ils prônent plutôt des cadeaux « à coût nul » : donner un livre usagé, donner un coupon valide pour du temps d’aide pour enlever les pneus d’hiver, un dessin, une carte faite à la main, du temps pour aller bouquiner, du temps pour cuisiner, etc. L’idée est bien noble, mais tout cela est, pour la personne qui offre ce cadeau, bien plus déculpabilisant que noble… Et tout ça rime souvent avec cadeau forcé… que le cadeau soit un bien ou un service, lorsqu’il est forcé, il est tout aussi désagréable à recevoir.
Les casse-culs de Noël sont ceux qui jugeront pratiquement toutes les activités que vous voudrez entreprendre dans le temps des fêtes. Un échange de cadeau? Trop conformiste. Une marche en plein air en famille? Ringard. Un souper de Noël? Trop 1970, est-ce qu’on peut évoluer un peu?! Ok, d’abord, cette année, on ne fête pas Noël. Trop non-conformiste.  


Le temps des fêtes, c’est un temps d’arrêt pour voir ceux qu’on aime… et peu importe votre manière de le prendre, je vous souhaite un Joyeux Noël! 

lundi 5 septembre 2016

Journée du travail, Black Friday et Walmart

Le 11 novembre 1887, quatre militants ont été condamnés à mort l’explosion d’une bombe lors d’une manifestation le 4 mai 1886 à Chicago. Je saute vite aux conclusions, mais cette manifestation fut à l’origine de la fête du Travail.

La journée de la condamnation à mort de ces défenseurs des droits des travailleurs est appelée le “Black Friday”.

Ironie du sort, depuis quelques années, au mois de novembre, les commerçants offrent des rabais conséquents dans leurs magasins. À l’époque où la comptabilité était tenue à la main, les comptes étaient écrits en rouge. Le vendredi qui suivait le Thanksgiving permettait aux commerces de “sortir du rouge”, d’où le nom “Vendredi noir”.

Difficile de ne pas être cynique quand la grande mascarade de la consommation (qui a souvent lieu dans des commerces (comme Walmart) où les employés – associés – ne sont pas syndiqués…) a le même nom que la condamnation à mort de quatre défenseurs des droits des travailleurs.

dimanche 4 septembre 2016

Éducation et consommation

Un phénomène est intéressant (tristement intéressant?) avec l'enseignement de l'informatique et du montage vidéo. Chaque année, des élèves restent à la fin de mon premier cours pour me parler de leurs possessions (leur caméra vidéo, le processeur de leur ordinateur, leur carte mémoire, la quantité incommensurable de logiciels qu'ils ont réussi à pirater, etc.). Ce qui est troublant, c'est que majoritairement, ils se vantent de posséder ces outils, mais s'en servent peu ou pas (ou ils ne savent pas comment s'en servir).
Comme si la consommation de l’objet était plus importante que l’objet lui-même.
Qu’est-ce qui nous a mené à ça?
Ce phénomène n'existe pas dans les autres matières, je crois.
Jamais un élève n’est resté à la fin d’un de mes cours de mathématique pour me montrer son kit de géométrie à 300$ en me citant des marques et des versions de compas. J'imagine que dans les cours de langue, très peu d'élèves se vantent d'avoir acheté le dictionnaire dernier cri…