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lundi 8 octobre 2018

Tout compte!

« En ce qui concerne l’évaluation, c’est simple : tout compte! »

C’est la phrase que je dis maintenant depuis deux ans aux élèves qui ont choisi mon cours optionnel d’informatique et/ou mon cours optionnel de multimédia. Mais quand je dis « tout compte », ce n’est pas une figure de style pour dire qu’il y aura beaucoup d’évaluations. Non. Si on fait une activité en classe et que je demande aux élèves de noter des observations, ça compte. Si on fait un exercice pratique en informatique avec Word, ça compte. Si en multimédia on élabore un projet de publicité, du remue-méninges jusqu’à la présentation finale du projet, ça compet! Si on teste comment faire des tableaux croisés dynamiques dans Excel, je collige les travaux, je les corrige et oui, ça compte!

C’est la solution que j’ai trouvée pour éviter qu’un élève ne fasse rien en classe et je dois avouer que ça fonctionne très bien. Trop bien même… Je trouve tellement dommage de devoir faire cela, puisque ça ne reflète pas ma vision de l’apprentissage. Les élèves devraient comprendre que les exercices sont des paliers nécessaires à gravir pour l’obtention et pour l’application d’une connaissance. L’élève devrait comprendre qu’il s’exerce pour son apprentissage et non qu’il récolte des points certificatifs comme dans un jeu vidéo pour se rendre au niveau suivant.

Le principal problème avec ma méthode, c’est que je m’épuise au travail. Pour chaque sprint de fin d’année, en juin, je fais toujours la liste des éléments qui me restent à corriger. Ça me semble motivant… sans négliger que cocher, c’est rassurant! Chaque case correspond à une « pile » de correction et chaque fois que je fais un « X » sur une case, j’ai l’impression d’être un peu plus près des vacances!

En juin 2018, mon tableau ressemblait à ça :

image

En mathématique, j’avais un nombre respectable d’évaluations. Trois examens par groupe pour évaluer deux compétences, c’est normal. C’est la vérification des travaux en multimédia et en informatique qui est incroyablement longue. En mathématique, on dirait que ça va de soi : les élèves savent qu’ils doivent s’exercer pour mieux comprendre.

La question s’impose : pourquoi ne travaillent-ils pas dans les cours optionnels si le travail ne compte pas?

Pistes de questionnement :

· Est-ce une négligence? De la paresse?

Peut-être que l’élève ne veut tout simplement pas faire l’activité. C’est arrivé fréquemment dans mes classes de cours optionnels : les élèves sont présents en classe puisqu’ils doivent atteindre un certain pourcentage de présence pour pouvoir aller à leur bal des finissants. Ils se tiennent à ce moment-là sur la mince frontière du travail strict minimal et finissent par échouer le cours (parfois en refusant même de faire les évaluations). Mais comme ces élèves ont une somme adéquate de crédits afin d’obtenir leur diplôme d’études secondaires,

· Est-ce que c’est la difficulté de l’activité qui est en cause?

Aux extrêmes : l’activité est peut-être trop facile pour l’élève alors il n’y voit pas d’importance ou tout au contraire, l’activité est peut-être trop difficile pour l’élève alors il perd confiance en lui et ne voit pas comment il pourrait s’épanouir en vivant l’échec.)

· Est-ce que le cours ne les intéresse pas?

Si c’est le cas, je suis sans mot… puisqu’il s’agit d’un cours complémentaire optionnel. C’est eux qui ont fait ce choix. Très rarement on place dans ma classe un élève qui obtient son 4e ou 5e choix de préférence.

En faisant appel à des collègues de partout au Québec via un groupe Facebook recensant plus de 26 000 enseignants, j’ai fait plusieurs constats :

- Constat 1 : Très souvent, entre collègues, on comprend mal la réalité pédagogique des autres. Enseigner au primaire n’est pas équivalent qu’enseigner au secondaire. Enseigner dans une grande ville n’est pas équivalent qu’enseigner en région. Enseigner les mathématiques n’est pas la même chose qu’enseigner les arts.

- Constat 2 : On est parfois tellement ancré dans notre routine d’enseignement qu’on est convaincu que de faire le contraire n’est pas… permis. Par exemple, lorsque j’ai posé la question sur le groupe Facebook, on m’a reproché d’évaluer des devoirs faits à la maison… que cette démarche n’était pas pédagogique et qu’il n’était pas réglementaire d’évaluer des devoirs dans un établissement scolaire au Québec. En discutant avec ces personnes, on s’est rendu compte qu’on ne parlait pas de la même chose. Un devoir de mathématique représentant des exerciseurs précis sur la différence de carrés n’est pas la même chose qu’un devoir dans un cours de multimédia représentant le tournage de scènes afin de réaliser un projet de générique d’ouverture. Et oui… il peut être évalué éventuellement. Je n’ai rien trouvé dans la loi sur l’instruction publique disant le contraire. En fait, on dit même : « L’enseignant a notamment le droit […] de choisir les instruments d’évaluation des élèves qui lui sont confiés afin de mesurer et d’évaluer constamment et périodiquement les besoins et l’atteinte des objectifs par rapport à chacun des élèves qui lui sont confiés en se basant sur les progrès réalisés. ». Rappelons-nous au début de la réforme, ces situations d’apprentissage et d’évaluation qu’on nous présentait et qui s’échelonnaient sur une période de quatre semaines!

- Constat 3 : Des enseignants vivant la même situation problématique sont souvent très empathiques, mais très gênés à la fois. Malgré tout ce qu’on peut lire sur notre métier, la grande majorité d’entre nous est très fière d’être enseignant(e)s. D’avouer qu’on échoue, c’est un peu moins glorieux sur notre fierté, mais ça nous permet drôlement d’évoluer en coopération. C’est un peu ça qu’on demande à nos élèves aussi…

J’ai aussi regroupé des solutions suggérées en quelques catégories différentes :

- Solution 1 : Parler aux élèves de l’importance des activités formatives

Au début, j’ai trouvé ça franchement insultant comme piste de solution. À mon sens, ça sonnait prétentieux, parce que ça présupposait que je n’avais jamais d’abord fait cette démarche avant de prendre la décision d’évaluer l’ensemble des travaux. Non, je l’ai essayé. Si les travaux ne comptent pas, ils ne sont pas remis.

- Solution 2 : La vérification aléatoire avec conséquence

Cette solution m’a été proposée pour les « devoirs plus traditionnels » et non pas aux activités en classe ou aux projets s’étalant sur plusieurs cours. Cette démarche consiste, de plusieurs façons possibles, de procéder à la vérification d’un échantillon de devoirs dans la classe. On choisit cinq élèves au hasard dans le groupe en pigeant des noms dans un chapeau ; on choisit une rangée de la classe au hasard ; on vérifie le devoir des élèves qui portent un chandail de telle couleur de la gamme ; bref, toutes les méthodes sont bonnes pour choisir un échantillon d’élèves. L’élève ne sachant pas si son devoir sera sélectionné se sent donc suivi de près. Les élèves n’ayant pas fait leur devoir ont une conséquence (reprise de temps (retenue), récupération obligatoire, copie, travail redonné en double, etc.).

- Solution 3 : L’évaluation aléatoire

Cette démarche ressemble à la précédente, mais peut s’appliquer aux activités faites en classe. Elle consiste à récolter toutes les activités réalisées par les élèves, mais à ne corriger qu’une partie de celle-ci. Cette technique me semble pratique afin de diminuer la surcharge de correction, mais donne tout de même à l’élève une « chance » lorsqu’il ne fait pas ses travaux. Il peut quand même prendre la chance de faire un travail sur deux et quand même bien réussir…

- Solution 3b : L’évaluation aléatoire pondérée

Cette solution est identique à la précédente, mais consiste à pondérer le résultat obtenu à l’évaluation aléatoire selon le nombre d’exercices qui a été remis.

- Solution 4 : Le préalable

En mathématique, c’est ma solution préférée. Sans compter, les travaux doivent être totalement exécutés pour que l’élève puisse faire son examen. Dans mon cas, lorsque les travaux ne sont pas terminés, c’est que je juge que l’élève n’est pas prêt à faire l’examen. Cependant, cela vient avec un lot de responsabilités. Quand l’élève n’a pas terminé ses travaux à temps, il a l’obligation de les terminer avant que je lui donne une reprise et comme il a plus de temps que les autres pour se préparer à l’examen, une pénalité s’impose sur son évaluation.

Alors voilà qu’après toute cette réflexion datant de la fin août j’ai dû prendre une décision afin de bien amorcer mon année scolaire… Et malgré tout le temps passé à me casser la tête sur la solution que j’allais prendre, j’y suis allé avec le statu quo. « Quoi? Il nous a fait lire tous ces mots pour finalement nous dire qu’il n’a pas changé sa méthode? »

Exactement.

Je me suis dit que ma réflexion pouvait tout de même aider mes collègues à prendre une décision lorsqu’ils feront face à la même situation problématique… J’ai pris la décision de tout faire compter quand un élève m’a demandé : « Monsieur, est-ce que ça compte? ». Je lui ai alors demandé pourquoi il me posait la question.

Sa réponse : « Pour savoir si on doit se forcer. »

Pour ne pas m’épuiser au travail, j’ai décidé de faire une correction d’observation et de pondérer les résultats à plus faible échelle que les années passées.

Alors maintenant… Comment fait-on pour transmettre le goût d’apprendre? Comment fait-on pour défaire cette envie de connaître le strict minimum pour devenir carriériste? Comment faire comprendre que l’apprentissage ne devrait pas être une accumulation de points pour se rendre au niveau suivant comme dans un jeu vidéo? Comment fait-on pour déconstruire ces concepts de l’éducation certificative?

vendredi 15 juin 2018

Je suis là pour toi

Une de mes élèves, Cloé Giroux, a réalisé un projet personnel dans le cadre de mon cours de multimédia qui s'appelle « Je suis là pour toi ». Un travail colossal d'entrevue avec des intervenants de notre école et d'autres œuvrant à la Fondation Lani, au centre d’aide 24/7, à Tel-Aide Outaouais et au centre Intersection. Son travail de montage est exceptionnel, regroupant par thèmes les extraits de ses entrevues avec une qualité d'images et une qualité sonore qui est digne d’une équipe de tournage. Puisque son projet a été conçu pour être vu par le plus grand nombre de personnes, je vous le partage en espérant que vous le partagerez aussi. Bon visionnement!


lundi 3 juillet 2017

Le « beigne-poutine » de Tim Horton

J’aime beaucoup les soirées électorales. Je me souviens d’un soir de 2004, j’avais 20 ans, mes amis et moi avions travaillé pour le bal des finissants de Nicolas-Gatineau. Parce que mon père était l’animateur et l’organisateur principal, nous avions eu un contrat pour filmer la soirée et pour faire la promotion du « cédérom des finissants » et de la « VHS des finissants ». Wow! Ça fait juste 13 ans et on dirait que ça en fait 30! Bref, nous n’avions pas besoin de travailler jusqu’à la toute fin du bal et nous étions rentrés assez tôt pour voir les résultats des élections fédérales. C’était le 28 juin 2004. On s’était installé devant la télé, chez mes parents avec une bonne bière bien méritée – filmer pour le bal m’épuisait intellectuellement et me déprimait, en parler serait très long… ça mériterait un autre billet – et on écoutait les discours des gagnants et des perdants.

- Anthony, c’est quoi le rapport avec le « beigne-poutine » de Tim Horton?

Je commençais à peine à être curieux par rapport à la politique. Heureusement, dans ma vie, mes parents m’ont fait écouter Elvis Gratton très jeune. J’ai regardé les Bye bye et les festivals Juste pour rire. Mon éducation politique, même si elle était bien faible, se faisait grâce à l’humour. Puis, j’ai lu Falardeau. Plus tard, j’ai lu Bourgeault. Mes opinions ont été à gauche, puis à droite, puis à gauche.

- Anthony, tu m’énerves… avec ton titre, tu nous avais promis un article sur le « beigne-poutine » de Tim Horton!

Si j’ai pu développer mon esprit critique, c’est principalement grâce aux médias : parce que j’ai regardé la télévision, parce que j’ai écouté des entrevues, parce que j’ai lu des articles. J’ai pu faire des choix à l’image de mes opinions.

- Et le « beigne-poutine » de Tim Horton, tu en penses quoi? Ça t’amuse ou ça te dégoûte?

J’ai la chance d’enseigner un cours optionnel depuis cinq ans sur le montage vidéo. Le cours a souvent changé de nom parce que j’ai toujours du mal à prendre une décision sur la direction globale de ce cours. L’an prochain, j’aimerais apporter un volet critique sur le rôle des médias. J’aimerais que mes élèves réfléchissent à la valeur d’un article, ou d’une entrevue, ou d’un documentaire sur un sujet « x » traité par tel média et qu’ils comparent cette valeur à un même sujet traité par un autre média…

- Ce n’est pas sérieux du tout ton billet, Anthony… Parle-nous de sujets qui nous intéresse vraiment!

Ainsi, ils pourraient avoir un meilleur esprit critique et choisir des sources fiables lorsque vient le temps de faire une rechercher ou de faire le montage d’un reportage ou d’un documentaire.

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mercredi 22 février 2017

Quarante piasses

Je fais un projet dans mon cours de multimédia qui est sous forme de concours. Le projet déborde un peu de l’évaluation et dénote un côté compétitif. Quand la compétition est saine, elle donne une certaine source de motivation et c’est pourquoi je ne suis pas toujours contre. Peut-être plus particulièrement dans le domaine des arts, car une œuvre ne fait jamais l’unanimité et je crois qu’un artiste est toujours plus lucide s’il est humble.

Bref, le travail est de créer la page couverture de l’agenda de l’an prochain. Le gagnant (ou l’équipe gagnante) aura la chance de voir leur travail sur l’agenda de l’an prochain (comme ils seront au Cégep, on leur remettra une copie, évidemment) en plus de gagner un certificat cadeau de 40$.

Je vois personnellement ce certificat cadeau comme un droit d’auteur. Nous utiliserons leur œuvre, la copierons plus de 1000 fois sur un agenda qui sera vu tous les jours par tous les étudiants de l’école. Ce n’est pas rien et pour moi, le droit d’auteur est un concept essentiel à enseigner au secondaire. Je veux être bien clair : il ne s’agit pas d’un travail normal, il s’agit d’un travail qui sera réutilisé, imprimé et publié. L’utilisation de leur œuvre mérite un prix, à mon avis.

… Quarante dollars. Pour leur faire comprendre la notion de droit d’auteur. Je pensais que c’était pour être suffisant. Peut-être pas…

Je cherchais donc un certificat cadeau en lien avec le cinéma ou la télévision et j’ai proposé à mes élèves un certificat cadeau de 40$ pour le service Netflix. Déjà que je pilais sur certaines de mes convictions (car Netflix ne pait pas de taxes/impôts au Canada – beurk! – et ne présente presque aucun contenu québécois – re-beurk!), j’ai fait face à un autre problème… qui m’a déçu… encore une fois…

- Oui, mais… monsieur, on a tous déjà Netflix.

- Ah! Ben c’est parfait, lors de votre prochain abonnement, vous pourrez avoir quatre mois payés par votre certificat cadeau et si jamais vous êtes deux, ça vous fera deux mois chacun… à la limite, prenez-vous un abonnement 2 écrans et profitez tous deux de 4 mois!

- Ben non… c’est pas nous qui paye…

- C’est vos parents?

- Ben oui!

- Mais si jamais vous déménagez l’an prochain, le certificat cadeau va être encore bon, vous pourrez l’utiliser.

- Nos parents vont nous payer encore Netflix monsieur…

- Ah… Donc, un certificat cadeau de 40$ pour Netflix, ce n’est pas vraiment une paye?

- Non… C’est une paye pour nos parents.

- Ok… Je vais réfléchir à ça.

Alors je réfléchis. D’autres élèves m’ont dit qu’ils utilisaient un même compte Netflix pour toute la famille élargie. Tante, oncle, cousin, voisine, etc. On est loin de la compréhension des droits d’auteurs…

Au secondaire, ne travaillant pas, quand j’allais au cinéma, c’était souvent mes parents qui payaient. Je me rappelle en secondaire 5 avoir gagné une entrée gratuite au cinéma pour mon assiduité scolaire. Ce n’était pas grand-chose, mais j’étais content… Il me semble que jamais je ne me suis dit que le certificat n’en valait pas le coût parce que mes parents me payaient des sorties et que je ne maximiserais pas mes profits…

Merde, un certificat-cadeau Netflix, ce n’est pas non plus 40$ de rabais sur un REER!

Hm! Un REER! C’est peut-être ça la solution…

Ça me déprime un peu…